Officiellement, la Route 66, qui fête ses 100 ans cette année, est morte en 1985. Rayée des cartes fédérales, remplacée par des autoroutes plus rapides, plus efficaces, plus anonymes. Peu de mythes peuvent se vanter d’un tel tour de force : disparaître physiquement et gagner, en retour, une immortalité culturelle.

En fait, la Route 66 n’a jamais été aussi visible que depuis qu’elle n’existe plus vraiment. Elle a été la route de tous les départs, de toutes les promesses, de toutes les fuites aussi. Dans l’imaginaire européen, la Route 66 a longtemps été l’Amérique en ligne droite, d’Est en Ouest, de Chicago à Santa Monica près de Los Angeles.
Une Chevrolet, un juke-box, un diner au néon vacillant, la promesse que l’horizon allait forcément tenir parole
Le mythe a fonctionné à plein régime en Europe jusque dans les années 1990, porté par les road movies, la musique, les photos en noir et blanc, puis par les premiers grands circuits touristiques.
Pour beaucoup de voyageurs européens – baby-boomers et génération X en tête. Faire la Route 66, c’était se tremper dans l’Amérique cinématographique.
Puis la réalité s’est invitée : portions abandonnées, tracés détournés, petites villes contournées par le progrès. La route s’est fragmentée. Le mythe, lui, a résisté.
Une légende désormais à recomposer
Aujourd’hui, faire la Route 66, ça se mérite. On la cherche, on la reconstitue, on la devine. Elle apparaît par portions : une station-service figée dans le temps, un motel néon allumé pour la forme, un musée local tenu par un passionné, un petit détour pour Newberry Springs, où on retrouve le café poussiéreux qui fut le décor du film Bagdad Café isolé au coeur du désert brûlant de Mojave.
Ce n’est plus un voyage continu, mais un chemin attrapeur de rêves. Et ça reste fascinant, à plus forte raison, parce qu’on peut encore discuter avec la dernière génération des habitants qui ont vécu la grande époque de cette route mythique.
Pour ses 100 ans, la Route 66 va momentanément renaître de ses cendres
Caravanes de voitures anciennes, grands rassemblements populaires, expositions, parades, concerts, conférences : les célébrations du centenaire vont transformer la route en événement culturel itinérant.
Dans cette Amérique contemporaine si divisée et complexe dont l’avenir nous échappe, il sera intéressant de confronter rêves anciens et réalités contemporaines
La Route 66, icône vintage, deviendra un terrain de rassemblement : une histoire commune, racontée sans filtre, entre nostalgie assumée et lucidité contemporaine et, assurément, un produit touristique puissant.
Pour les organisateurs de voyage, ce centenaire sera une aubaine de storytelling, l’appel vers une expérience patrimoniale et émotionnelle autour des nœuds historiques, économiques ou symboliques majeurs de cette route telle qu’elle a fonctionné entre 1926 et les années 1960.
Entre Chicago, Saint-Louis, Tulsa, Amarillo, Albuquerque et la traversée de l’Arizona jusqu’au terminus de Santa Monica en Californie, il y a de quoi festoyer dans huit Etats et se plonger dans une grande part du rêve des grands espaces et de la liberté qui restent attachés à la célébrissime Route 66.
Evelyne Dreyfus.


