30 mars, 2026
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Montagne en transition : et si demain, on choisissait nos vacances autrement ?

Maison de la Chimie, Paris. Dans le cadre du workshop presse Montagne Auvergne-Rhône-Alpes été 2016, les professionnels du secteur dessinent une montagne en mutation. Moins figée dans ses modèles touristiques historiques, plus attentive à ses habitants, à ses ressources, et à son avenir. 

Entre enjeux environnementaux, attractivité touristique et transformation des usages, nous avons rencontré Marion Bouhet, chargée de communication et relations médias de l’association Mountain Riders, qui nous raconte une transformation déjà à l’œuvre et nous aide à décrypter les défis d’aujourd’hui et de demain.

Une montagne qui se transforme, sans renier ce qu’elle est

“Il y a encore énormément de choses à faire sur les territoires”, glisse Marion Bouget. Mais derrière cette constatation, pas de fatalisme. Plutôt une dynamique.

Car la montagne change déjà. Lentement, parfois de manière invisible pour le grand public, mais profondément.

Un label pour transformer… et rendre visible

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“Le label, une mise en mouvement

« Le label, ce n’est pas une finalité en soi, ni une médaille. C’est avant tout une démarche de mise en mouvement des territoires. Il y a encore énormément de choses à faire. On n’est pas là pour dire que les territoires sont parfaits ou exemplaires » insiste Marion Bouhet.

L’intérêt du label, c’est aussi de donner de la visibilité au grand public sur des actions concrètes qui sont menées. À terme, l’idée serait que cela devienne un véritable critère de choix pour les vacances.

Une façon d’accompagner les territoires dans leurs transformations, sans nier leurs complexités.

Et si le tourisme devenait un choix plus conscient ?

Aujourd’hui, le tourisme de montagne reste largement guidé par des habitudes : saisons, stations emblématiques, flux concentrés.

Mais une autre idée émerge : et si les vacances devenaient aussi un choix engagé ?

L’ambition du label est là. Donner de la visibilité aux actions menées, et peut-être, demain, permettre au grand public de choisir une destination aussi pour sa démarche environnementale et sociale.

Derrière les cartes postales, des territoires sous tension : Entre attractivité et saturation : un équilibre fragile

Les images sont belles, mais la réalité plus complexe. Certaines stations font face à des phénomènes de saturation, à des déséquilibres entre habitants permanents et visiteurs saisonniers.

FC : Mais n’y a-t-il pas un paradoxe ? Attirer plus de monde sur des territoires déjà saturés, notamment certaines stations…

Marion Bouhet :

C’est une vraie question. Certains territoires font déjà face à des pressions touristiques importantes. Mais notre approche ne se limite pas à attirer plus de visiteurs.

“Il faut aussi penser la vie à l’année”, rappelle Marion Bouget.

On travaille sur une vision globale du territoire :

 le tourisme bien sûr,

 mais aussi la vie locale,

 et surtout la capacité à vivre à l’année.

Car beaucoup de territoires de montagne ne vivent pas encore pleinement en dehors des saisons touristiques. La transition, c’est aussi sortir de ce modèle. La question devient donc centrale : comment continuer à accueillir sans déséquilibrer ?

La transition, bien plus qu’une question de ski

C’est une transformation profonde. Et surtout, il faut casser certaines idées reçues :

Quand on parle de montagne, on pense souvent ski, enneigement, remontées mécaniques.

Or la transition ne consiste pas simplement à arrêter le ski. Cela va bien au-delà.

Elle touche :

• les modèles économiques,

• les mobilités,

• la gouvernance locale

 les enjeux sociaux,

 les impacts environnementaux.

• et même la manière d’habiter ces territoires.

La gouvernance,est la clé de voûte du changement

Un territoire n’a pas besoin d’être performant partout, mais il doit être capable de :

• faire dialoguer les acteurs,

• construire une vision commune,

• travailler en intelligence collective.

Sans ça, il est très difficile d’avancer, car les intérêts peuvent être très différents entre les acteurs locaux.

C’est une transformation silencieuse, mais systémique. “Ce n’est pas simplement arrêter le ski. C’est comprendre tout ce qu’il y a autour”, résume Marion Bouget.

Il y a aussi un gros enjeu de pédagogie. Le grand public associe souvent la transition à quelques sujets comme l’agriculture, mais en réalité, c’est beaucoup plus large.

Mobilité : le défi majeur

Marion Bouhet évoque souvent le sujet de la mobilité qui est un enjeu central pour ces territoires.

En effet, la mobilité représente à elle seule environ 52 % des émissions de CO₂ liées à une journée de ski.

Et contrairement à ce que l’on pense, ce ne sont pas les remontées mécaniques qui posent le plus problème.

Le principal impact vient de l’usage de la voiture individuelle, pour accéder aux stations. C’est aussi le point le plus difficile à transformer.

L’objectif est donc de permettre aux visiteurs de venir :

sans voiture,

• de manière plus fluide,

• avec des alternatives crédibles.

Des alternatives existent déjà : trains de nuit, accès sans voiture, navettes, nouvelles organisations de séjour. Mais tout cela demande du temps, de la coordination, et une vision à long terme.

Une dynamique collective qui s’accélère : Des initiatives concrètes… mais complexes

Aujourd’hui, 31 destinations sont déjà engagées dans une démarche de transition et de labellisation.

Les trains de nuit depuis Paris ont été relancés à la demande de certaines stations et acteurs dans ces territoires, d’autres stations ont créées des infrastructures innovantes comme des ascenseurs valléens, et une véritable réflexion sur les flux touristiques a eu lieu.

Mais ce sont des projets lourds, qui dépendent de nombreux acteurs (transporteurs, collectivités, État…).

On peut aussi repenser des choses simples, comme sortir du modèle du “samedi au samedi”, qui engorge complètement certaines vallées.

Et surtout, quelque chose a changé : les territoires ne travaillent plus seuls.

Ils se rencontrent, s’inspirent, partagent leurs expérimentations lors d’éductours ou de temps collectifs.

“Il y a une vraie mise en mouvement”, raconte Marion Bouhet. “Et même si tout n’est pas parfait, les choses avancent.”

Même si tout n’est pas parfait, la démarche est engagée”

Même si certaines stations continuent d’utiliser des équipements critiqués comme les canons à neige dans cette démarche de transition, il est important de le dire : un territoire labellisé n’est pas parfait.

Mais ce qui compte, c’est la trajectoire.

Certaines stations ont déjà construit des plans de transition ambitieux à horizon 2050, avec une vraie implication des citoyens.

C’est ça qu’on valorise.

Une autre façon de raconter la montagne

Au-delà des chiffres et des stratégies, Mountain Riders porte aussi une autre vision : celle d’une montagne à vivre autrement.

Des actions sont menées auprès de jeunes, de publics éloignés, parfois même de personnes incarcérées, pour recréer un lien avec la nature.

Mountains Riders travaille sur  l’éducation à la montagne, afin de proposer une montagne moins distante, plus accessible, presque intime.

L’objectif est simple est de se reconnecter au vivant, comprendre sa place dans l’environnement.

Et demain ? Une montagne choisie, pas seulement consommée

Dans les échanges, une idée revient : imaginer la montagne de 2050.

Non pas comme une projection froide, mais comme un espace de vie repensé, plus durable, plus collectif, plus conscient.

“On travaille beaucoup sur l’imaginaire de la montagne de demain”, conclut Marion Bouhet. « Une montagne où le tourisme ne serait plus seulement une consommation de paysages, mais peut-être un choix de société,  » ajoute t-elle.

Ce qui les porte, c’est le collectif. Mountain Riders construit avec l’ensemble des territoires engagés une vision joyeuse et positive à horizon 2030… et même 2050.

Montagne en transition : chiffres clés & idées fortes

🔢 Chiffres clés

31 destinations sont aujourd’hui engagées dans une démarche de labellisation et de transition des territoires de montagne.

•Jusqu’à 52 % des émissions de CO₂ d’une journée en station proviendraient de la mobilité, principalement liée à la voiture individuelle.

•Les dynamiques de transition se sont accélérées depuis le Covid, avec une hausse significative des territoires candidats.

•Des dispositifs comme les éductours permettent aux stations de partager leurs bonnes pratiques et d’observer concrètement les actions menées ailleurs.

•Certains territoires construisent des plans de transition à horizon 2050, intégrant habitants, acteurs économiques et visiteurs.

LE FLOCON VERT : LA MONTAGNE EN TRANSITION

🏔️ Un label porté par Mountain Riders

 

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