Malgré une fréquentation touristique qui reste à des niveaux élevés, l’industrie hôtelière des îles Canaries exprime une inquiétude croissante. José María Mañaricúa, président de la Fédération des entrepreneurs de l’hôtellerie et du tourisme de Las Palmas, alerte sur une situation paradoxale : si les revenus bruts augmentent, ils ne parviennent plus à compenser la hausse des coûts opérationnels, menaçant ainsi la rentabilité du modèle actuel.
Un effet de ciseau inflationniste
La réalité économique du secteur sur l’archipel se heurte à une équation complexe. En mai 2026, bien que les revenus dérivés du tourisme aient progressé de 2,4 % en glissement annuel, l’inflation a, quant à elle, grimpé de 3,2 % sur la même période. Cet écart de huit dixièmes de point illustre un recul réel de la rentabilité pour les entreprises du secteur.
« Si nous augmentons nos revenus, mais que nos coûts augmentent encore davantage, nous devenons moins rentables », explique José María Mañaricúa. Pour le président de la fédération, le modèle de tourisme durable — qui viserait à diminuer le volume de visiteurs tout en augmentant les revenus par tête — semble pour l’heure difficilement applicable dans le contexte actuel de l’archipel.
Une dépendance aérienne qui fragilise l’archipel

L’archipel des Canaries se trouve dans une position vulnérable par rapport au reste de l’Espagne :
- Vulnérabilité géographique : Contrairement au continent où le tourisme national peut emprunter des voies terrestres ou ferroviaires, les Canaries dépendent quasi exclusivement du transport aérien.
- Poids des facteurs externes : La hausse du coût du kérosène, directement liée aux tensions géopolitiques internationales — notamment le conflit impliquant l’Iran — pèse lourdement sur l’attractivité des îles.
- Stagnation des flux : En mai 2026, le nombre de visiteurs internationaux a reculé de 0,53 % par rapport à l’année précédente (soit 5 704 personnes en moins). Bien que ce chiffre soit modéré, il marque un coup d’arrêt après une période de croissance constante depuis la pandémie.
Un contraste avec le reste de l’Espagne
La situation est d’autant plus préoccupante que les Canaries semblent déconnectées de la tendance nationale espagnole. Sur le reste du territoire, les dépenses touristiques ont crû de 10,9 % et le nombre de touristes de 9,5 %, des chiffres nettement supérieurs à ceux enregistrés dans l’archipel.
Carte des îles Canaries – © bogdanserban – stock.adobe.com
Mister Travel News suivra avec attention la manière dont le secteur touristique canarien s’adaptera à ces contraintes. Entre l’impératif de compétitivité face à la hausse des coûts et le besoin de préserver l’attractivité de la destination, les autorités et les professionnels du tourisme font face à un défi structurel majeur.




