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Naïpi et Taroba : une histoire des chutes d’Iguaçu*

* récit librement inspiré de la légende)

Cette histoire est celle qu’un vieux chef indien rencontré au cours d’un voyage dans le lointain Brésil m’a racontée.

Voilà ce qu’il m’a dit …

…C’est dans la grande forêt vierge, presque inconnue, où il y a des arbres si hauts qu’ils touchent les nuages, où le soleil ne pénètre pas et où il y fait si sombre que l’on voit dans l’obscurité briller les yeux des animaux.

Dans une clairière de cette grande forêt il y avait un village dans lequel vivait une tribu d’indiens.

Le chef de cette tribu était tout puissant, respecté par tous les habitants du village. Il était fort et l’on disait même qu’il courait aussi vite qu’une gazelle et qu’il pouvait étouffer un anaconda entre ses bras.

C’était un chef bon et juste et tous les indiens du village l’aimaient beaucoup.

Il savait crier si fort qu’il parvenait à faire fuir jaguars et autres caïmans qui s’approchaient un peu trop près du village.

Il savait parler aux hommes et aux femmes, donnait des conseils, assisté en cela par le sorcier, un vieil homme plein de tatouages inquiétants et qui restait assis à l’entrée de sa case presque toute la journée les yeux fixés sur le ciel. On dit qu’il lisait dans le mouvement et dans la couleur des nuages comme dans un journal.

Dans ce village chacun et chacune avaient sa place et travaillaient. Les femmes tissaient le coton et le lin, tannaient les peaux pour faire les vêtements et les mocassins, ramassaient le manioc, nourrissaient les animaux, poules, cochons. Même les singes, nombreux, turbulents, participaient à l’animation du village.

Les hommes chassaient, pêchaient, fabriquaient arcs et flèches, construisaient les maisons, les pirogues et assuraient la défense du village sous l’autorité du chef.

Il y avait aussi une école où les enfants apprenaient les règles de la vie, les coutumes de la tribu.

On leur enseignait le calcul à l’aide de graines multicolores, le dessin et tout ce qui était nécessaire à leur éducation.

Le village devait sa prospérité au grand fleuve qui le traversait suivant un cours qui semblait ramper comme le fait un serpent si bien que ce fleuve qui irriguait le sol, le fertilisant de ses alluvions et fournissait l’eau potable indispensable à la vie était considéré comme un Dieu. On l’avait baptisé M’boï le Dieu serpent.

C’est dans ce village que vivaient Taroba et Naïpi.

Taroba était un jeune guerrier, beau et très bien bâti. On disait qu’il deviendrait un jour le chef du village tant il était adroit, intelligent et fort. Taroba était secrètement amoureux de Naïpi.

Naïpi, elle, était une jeune fille gentille, souriante et travailleuse, elle était aussi très très belle et elle n’avait d’yeux que pour Taroba le jeune indien dont elle était, elle aussi, amoureuse.

Un jour alors que Taroba était debout sur sa pirogue, prêt à lancer son harpon pour attraper un poisson, il vit à la surface de l’eau le visage de Naïpi puis sont apparus les bras de Naïpi sa poitrine et enfin la jeune fille toute entière. L’image de Naïpi qui lui souriait se multipliait tant et si bien que Taroba croyait que l’eau du fleuve avait absorbé la jeune indienne.

Il n’osait bouger la pirogue par crainte de rider la surface de l’eau et altérer le doux reflet du visage de Naïpi.

Il resta immobile un long moment, debout son harpon dans la main.

Son regard alors porté vers le lointain il vit Naïpi sur la berge du fleuve, penchée au-dessus de l’eau et en quelques coups de pagaie il fut près d’elle.

-« Bonjour Naïpi, tu es belle, ta beauté est partout sur les eaux du fleuve et j’ai peur que son flot t’emporte un jour loin de moi »

La jeune fille leva les yeux souriant en en souriant lui dit :

– « Bonjour Taroba, c’est pour toi que je suis belle et pour être sure de te plaire toujours je viens ici chaque jour regarder mon image dans les eaux du grand fleuve Dieu M’Boï. S’il m’emporte un jour ce sera avec toi, sur ta pirogue, quand nous serons mariés, comme le veut la coutume de notre tribu ».

A peine venait-elle de prononcer ces mots que le fleuve se mit à bouger, créant des remous comme pour manifester une colère. Taroba faillit tomber de la pirogue qui s’éloigna de la rive et fut entraînée par le flot qui s’était accéléré à une allure de torrent et alla s’échouer sur la rive opposée du fleuve.

Un peu étourdi par le choc Taroba resta un moment inconscient et lorsqu’il reprit totalement connaissance les eaux du fleuve étaient redevenues calmes et limpides, le reflet de Naïpi avait disparu et la jeune fille n’était plus là.

Inquiet Taroba la chercha dans la forêt mais ne la trouva pas. Il retourna alors au village et là, trouva la jeune indienne en grande conversation avec le chef du village ; elle aussi s’inquiétait, elle avait eu très peur quand le fleuve s’était mis en colère et avait emporté sur son flot la pirogue de Taroba. Elle était venue alerter le chef qui s’apprêtait à partir à la recherche du jeune homme.

Les jeunes fiancés se firent de tendres et doux baisers, heureux de se retrouver, puis chacun retourna chez soi, la vie du village continuait.

De jour en jour Naïpi se faisait plus belle et Taroba l’aimait chaque jour un peu plus et M’boï devenait de plus en plus jaloux.

Alors, un jour que Naïpi se mirait dans l’eau, le fleuve tomba follement amoureux de la jeune fille, il s’arrêta de couler et resta figé, immobile, en admiration devant la beauté de Naïpi.

Le temps semblait s’être arrêté, et tout alors s’est arrêté, les oiseaux ne chantaient plus, l’eau immobile s’était couverte d’algues malodorantes, des poissons mouraient le ventre à l’air à la surface et de nombreux habitants du village tombèrent malades à cause de l’eau devenue impropre à la consommation et qui risquait même d’empoisonner les légumes et les fruits qu’elle irriguait.

La situation était devenue si préoccupante que le chef, le sorcier et tout les villages terriblement inquiets décidèrent de faire quelque chose.

Un soir, autour d’un grand feu, le chef, le sorcier et les sages du village tinrent conseil et après une nuit de discussion mouvementée le chef attristé arriva à prendre la décision de sacrifier Naïpi en l’offrant au fleuve Dieu serpent M’boï. Ainsi pensait-il apaiser la colère du Dieu en offrant au fleuve la jeune Naïpi qu’il emporterait pour toujours avec lui dans ses eaux.

Mais c’était compter sans Taroba qui était un malin. En effet, le jeune homme s’était caché et avait entendu tout ce qui s’était dit pendant la nuit et au petit matin il courut préparer sa pirogue, prit les quelques vivres qui restaient, son arc et ses flèches et alla chercher Naïpi qui dormait encore.

Avec beaucoup de précautions pour ne pas la réveiller il prit la jeune fille dans ses bras et l’emporta avec lui jusqu’à la pirogue.

Une première lueur du soleil levant éclairait la clairière endormie.

Taroba installa Naïpi encore pleine de sommeil dans la pirogue, prit place à son tour et d’un coup de pagaie fit glisser l’embarcation entre les roseaux sur l’eau tranquille du fleuve.

Il savait qu’il venait de sauver Naïpi sa bien-aimée d’une mort injuste mais certaine.

Naïpi se réveilla en même temps que le jour se levait.

Le paysage était superbe, la pirogue se faufilait sous les branches dans un défilé de végétation luxuriante. Il y avait sur la gauche des palmiers majestueux et sur la droite des rochers aux formes étranges couverts de mousses de diverses couleurs.

Privé depuis trop longtemps de l’image de Naïpi, M’boï le Dieu serpent avait de la peine certes, mais quand il sut que la belle était partie sur le fleuve avec Taroba il fut fort jaloux et se mit alors en colère au point qu’il pénétra dans la terre en formant une faille gigantesque engloutissant tout le village et ses alentours.

Dans le tourbillon qui emportait tout avec lui au fond du gouffre qui s’était creusé, Taroba et Naïpi furent séparés, Taroba fut projeté sur la berge où il resta, accroché à un palmier et Naïpi tomba au fond du gouffre et demeura posée sur un rocher retenu par des lianes entremêlées.

Si un jour vous allez visiter les chutes d’Iguaçu aux confins du Brésil vous pourrez apercevoir au milieu des eaux qui se déversent dans un bruit de tonnerre à un endroit dit « la gorge du diable », le rocher et le palmier, Naïpi et Taroba figés dans l’éternité.

Jacques BASCHIERI dit « Vinicius »

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Une réponse sur « Naïpi et Taroba : une histoire des chutes d’Iguaçu* »

C’est le Brésil sensitif : c’est votre cœur qui réagit devant la beauté sauvage des chutes d’Iguaçu, tonnerre, tremblement de terre, déluge, spectacle premier d’une nature déchirée.

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