L’ultra-low-cost à l’américaine vient de perdre son avion jaune canari. Terrassée par l’explosion de ses coûts d’exploitation et l’incapacité chronique de répercuter la hausse du kérosène sur des passagers qui comptent leurs sous au centime près, Spirit Airlines a définitivement cloué ses avions au sol le 2 mai dernier. Son second plan de sauvegarde sous le régime du Chapitre 11 s’est effondré comme un soufflé, laissant les créanciers faire les comptes et les concurrents aiguiser leurs couteaux.
Photo de Robert Alexander/Getty Images
Mais dans le ciel, le deuil dure rarement plus de cinq minutes. Place au business, au vrai. Le 9 juillet prochain, les précieux actifs de la défunte compagnie seront mis aux enchères sous l’œil vigilant du tribunal des faillites. Au centre de toutes les convoitises ? Un trésor de guerre estimé à près de 87 millions de dollars : 18 paires de créneaux de décollage et d’atterrissage quotidiens à l’aéroport de New York LaGuardia (LGA). Cet aéroport, l’un des trois seuls soumis à des quotas stricts aux États-Unis avec JFK et Washington Reagan, est une forteresse. On n’y ajoute pas des vols parce qu’on a de beaux avions ; on y vole parce qu’on a des « slots ».
La bataille s’annonce épique, et les régulateurs ont déjà sorti les boucliers. S’exprimant lors du sommet aéronautique de la CAPA à Charleston, le patron de la FAA, Bryan Bedford, a jeté un pavé dans la mare : pas question de laisser ces créneaux à n’importe qui, et surtout pas aux géants traditionnels. Delta Air Lines, qui contrôle déjà plus de 40 % de LaGuardia, est poliment priée de regarder ailleurs pour s’éviter un retour de bâton des autorités antitrust. L’objectif affiché de la FAA et du Département des Transports (DOT) est limpide : ces fenêtres de tir doivent impérativement revenir à un acteur à bas coûts, pour le bien du portefeuille des consommateurs. Les vautours du low-cost sont déjà sur la ligne de départ.
L’Œil Expert de Mister Travel News
La fin tragique de Spirit Airlines n’est pas un simple fait divers corporatiste, c’est le symptôme criant d’une industrie prise à la gorge par la macroéconomie. Alors que le cours du brut joue au yoyo émotionnel, pour les compagnies aériennes, le kérosène n’est plus un poste de dépense, c’est une taxe sur la survie.
À ce jeu-là, l’Ultra-Low-Cost « vache à lait » à l’américaine a trouvé ses limites. Ce modèle repose sur une promesse simple : un billet brut au prix d’un ticket de bus, et des options payantes pour tout le reste (y compris pour respirer un air pressurisé de qualité, ou presque). Sauf que quand le kérosène explose, le prix plancher du billet ne couvre même plus le coût du décollage.
La décision de la FAA de sanctuariser les slots de LaGuardia pour les opérateurs à bas prix est une tentative désespérée de maintenir une concurrence artificielle. Frontier Airlines, qui a déjà méthodiquement absorbé les lignes abandonnées de Spirit à Dallas/Fort Worth, Las Vegas et Orlando, a les crocs. Southwest, forte de ses 34 % de parts à LGA, aimerait bien verrouiller la place. Même Breeze Airways ou Spirit-bis tentent des coups sur des liaisons régionales comme Atlantic City. Reste une question de fond : dans un contexte macroéconomique aussi exigeant, marqué par la volatilité des cours du brut, quelle compagnie à bas coûts saura mobiliser les ressources nécessaires le 9 juillet pour saisir cette opportunité stratégique unique sans fragiliser ses équilibres financiers ?
Les Conseils de Mister Travel News
Le vide laissé par Spirit sur la Côte Est américaine va bousculer les habitudes. Voici comment anticiper le séisme :
- Alerte tarifaire majeure sur le transcontinental et le domestique US : La disparition de Spirit supprime d’un coup une part colossale de sièges bon marché vers la Floride, Las Vegas ou les hubs du Texas. Les tarifs des « Big Three » (Delta, American, United) sur ces lignes vont grimper de 15 % à 25 % d’ici la rentrée, faute de concurrence agressive. C’est le moment de contractualiser des tarifs nets si vous le pouvez.
- Anticipez au maximum le voyage d’affaires sur New York LaGuardia : LGA est l’aéroport chéri des voyageurs d’affaires pour sa proximité immédiate avec Manhattan. En attendant que les enchères du 9 juillet soient validées et que le repreneur déploie ses nouveaux programmes de vols (ce qui prendra des mois), la capacité globale à LaGuardia va saturer. Réserver au plus tôt les déplacements pros de vos clients corporate : les classes tarifaires intermédiaires des compagnies traditionnelles vont s’arracher à prix d’or.



