La bataille pour le contrôle de TAP Air Portugal entre dans sa phase décisive. Face à la concurrence directe d’Air France-KLM, le groupe allemand Lufthansa multiplie les appels du pied stratégiques et industriels pour remporter la mise de cette privatisation très convoitée.
Un calendrier serré pour une participation de 44,9 %
Le gouvernement portugais a relancé le processus de privatisation de sa compagnie nationale, une opération maintes fois reportée. Les contours de la transaction sont désormais clairs :
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Le Portugal souhaite céder une participation minoritaire de 44,9 % à un partenaire stratégique du secteur aérien.
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Une part supplémentaire de 5 % du capital sera spécifiquement réservée aux salariés de la compagnie.
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Les offres initiales de Lufthansa et d’Air France-KLM, les deux seuls candidats en lice, ont été jugées « largement équivalentes et très ambitieuses » par le gouvernement sur les plans stratégique, industriel et financier.
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Les deux géants européens sont invités à soumettre des offres fermes et contraignantes d’ici la fin du mois de juillet.
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La finalisation de l’accord est espérée pour début septembre.
L’enjeu est de taille : TAP Air Portugal est particulièrement convoitée pour ses créneaux aéroportuaires (slots) stratégiques depuis Lisbonne vers le Brésil, les pays africains lusophones et les États-Unis. Carsten Spohr, PDG de Lufthansa, a confirmé auprès des médias que l’intérêt de son groupe pour TAP était « très fort », tout en rappelant que la décision finale appartiendrait au gouvernement.
L’argumentaire de Lufthansa : protéger le hub de Lisbonne
Pour faire pencher la balance en sa faveur, Lufthansa s’attaque directement à la stratégie de ses concurrents. Carsten Spohr a mis en avant plusieurs arguments clés :
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La menace géographique d’Air France-KLM et d’IAG : Le patron de Lufthansa souligne que ses rivaux possèdent déjà des plateformes de correspondance majeures très proches du Portugal, à savoir Madrid (pour IAG, maison-mère d’Iberia) et Paris (pour Air France-KLM). Selon lui, cette proximité géographique ferait peser une menace directe sur le développement du hub de Lisbonne en cas de rachat par l’un de ces groupes.
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Le respect des identités nationales : Le groupe allemand rappelle le succès de son réseau multi-hubs. Lufthansa affirme que ses précédentes acquisitions (SWISS, Austrian Airlines, Brussels Airlines et ITA Airways) se sont renforcées tout en conservant leur identité propre, permettant à leurs hubs respectifs de se développer de manière autonome.
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Des investissements locaux massifs : Les propos de M. Spohr sont intervenus lors de la pose de la première pierre d’un nouveau site de Lufthansa Technik Portugal à Santa Maria da Feira, dans le nord du pays. Ce centre de maintenance, qui représente des centaines de millions d’euros d’investissement, devrait entrer en service en 2028 et créer plus de 700 emplois qualifiés d’ici 2027.
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Un projet de formation : Le groupe allemand étudie également, en concertation avec l’armée de l’air, la création d’une école de formation de pilotes au Portugal.
L’avertissement sévère de Ryanair
Malgré ces promesses de développement, la stratégie de Lufthansa ne fait pas l’unanimité. Eddie Wilson, le dirigeant de Ryanair, a publiquement mis en garde contre ce rachat.
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Selon lui, le modèle économique de Lufthansa consiste historiquement à acheter des compagnies à bas prix pour ensuite limiter leur capacité et augmenter les tarifs.
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Il prédit que si le groupe allemand l’emporte, TAP Air Portugal finira par « rétrécir ».
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Il accuse également Lufthansa d’éviter la concurrence sur le court-courrier et de détourner systématiquement le trafic long-courrier pour le faire transiter par ses propres hubs en Allemagne.
La guerre des hubs dicte l’avenir du ciel européen
L’offensive de Lufthansa sur TAP Air Portugal illustre la consolidation inéluctable du ciel européen autour de trois méga-acteurs : IAG, Air France-KLM et le groupe Lufthansa. L’argumentaire géographique de Carsten Spohr est particulièrement habile : en pointant la proximité menaçante de Madrid et de Paris, il joue sur la corde sensible de la souveraineté aéroportuaire portugaise. Pour le gouvernement lusitanien, le choix entre Air France-KLM et Lufthansa ne se fera pas uniquement sur le prix de l’action, mais sur des garanties industrielles de long terme (qui passent par des projets tangibles comme le centre Lufthansa Technik). La décision de septembre redessinera définitivement les équilibres du trafic transatlantique et sud-américain.



