Pour ses 50 ans, l’éditeur de guides ouvre sa data aux professionnels, lance un podcast et redessine la carte des vacances. Compte rendu d’une matinée en visio où l’on a beaucoup parlé de 23 degrés.
Mercredi matin, café à la main et caméra allumée, je me suis demandé une chose : à quoi ressemblent 80 millions de visites quand on les met dans un PowerPoint ? La réponse tient en six slides. Petit Futé, qui gardait jusqu’ici ses données d’audience bien au chaud pour ses statistiques internes, a décidé de les partager. C’est le deuxième rendez-vous de son Observatoire des tendances, né avec le demi-siècle de la maison, et Jean-Paul Labourdette, coprésident, ne cache pas d’où vient l’idée : de l’agence GroupExpression, qui lui a fait remarquer qu’il était assis sur une mine et qu’il serait dommage de ne pas creuser.

Le budget, ce nouveau chaperon
Premier constat, sans surprise pour celles et ceux qui ont passé juillet derrière un comptoir : le budget décide de tout. Les agences ont vendu 8 % de dossiers en moins sur juillet-août, mais le panier moyen grimpe légèrement, à 2 098 euros. Moins de clients, un peu plus dépensiers. Le moyen-courrier gagne 8 %, la France résiste à -0,8 %, et surtout on réserve au dernier moment, façon rendez-vous galant confirmé la veille : -30 % de réservations entre mars et mai, +56 % entre juin et août, pour une saison qui finit à +6 %. Entre la géopolitique et la météo, les Français ont attendu de voir. Puis ils sont partis quand même.

23 degrés plutôt que 39
C’est la formule de Stephan Szeremeta, directeur éditorial, et elle résume tout. Le soleil n’est plus synonyme de fournaise, et la carte des vacances glisse vers le nord et vers le haut. Bretagne et Normandie progressent de 10 % chez Belambra, le Finistère prend 11 % d’audience sur petitfute.com, les Côtes-d’Armor 5,2 %, le Calvados 4,5 %. Trente pour cent des Français ont fait un séjour montagne entre le printemps et l’automne, l’Ardèche gagne 11 %. Pour Petit Futé, la montagne d’été n’est plus une mode, c’est une habitude.
Et le phénomène ne s’arrête pas à la frontière. Asturies, Cantabrie, Galice, Pays basque : l’arc atlantique se prolonge en Espagne, avec océan, montagne, gastronomie et températures douces. Plus au nord, Norvège, Écosse, Irlande et Slovénie profitent de la même envie de respirer. Albanie et Monténégro poursuivent leur ascension à +10 %, les Philippines s’envolent à +20 %, Madère à +12 %.

Les trois qui font grise mine
États-Unis -28 %, Turquie -25 %, Portugal -15 %. Pour l’Amérique, Louis Auzias, directeur général, ne parle plus de passage à vide : coût du séjour et effet Trump cumulés, New York et la Floride se vendent nettement moins, et c’était déjà vrai en début d’été. Pour la Turquie et le Portugal, le repli dure depuis plusieurs saisons.
Je n’ai pas pu m’empêcher de demander qui ramassait la clientèle turque, puisque la Grèce à +4 % ne compense pas un quart de volume envolé. Réponse honnête : on ne sait pas. Jean-Paul Labourdette a tenté l’Albanie, qui absorbe selon lui le trop-plein croate, mais pour la Turquie le mystère reste entier. Ce sera pour la prochaine édition.
Le podium 2027, à prendre comme un horoscope
Petit Futé mise sur le Monténégro (Kotor, Perast), une « Albanie deuxième génération » (Himarë, Berat, Theth, Valbona, pour relayer un Ksamil déjà bondé), la Scandinavie, la Pologne au-delà de Cracovie (Gdańsk, Mazurie, Tatras), l’Espagne du Nord, la Roumanie et la Slovénie. En France, l’arc atlantique s’étire jusqu’au Cotentin, au Jura et au Vercors.
Faut-il y croire ? Impossible à vérifier pour l’instant : le podium de l’an dernier était une liste de coups de cœur, pas des prévisions, et Louis Auzias l’a dit avec une franchise désarmante. Le premier vrai bilan, ce sera en septembre 2027. En attendant, les meilleures ventes 2026 donnent le ton : Ouzbékistan, Albanie, Corfou, Corée du Sud, Philippines. Avec une nuance que Jean-Paul Labourdette a glissée lui-même : ce classement compte les carnets offerts par les agences à leurs clients, ce qui explique qu’on parte à Saint-Malo avec un guide sur Samarcande dans la valise. Le marché du guide papier en librairie recule de 8 % cette année, mais l’objet tient bon là où il rassure, sur les destinations lointaines ou confidentielles.
Riche ou fauché, mais jamais sans bonnes adresses
La nouveauté de la rentrée s’appelle « Riche ou Fauché ». Vingt-cinq minutes de podcast où
Stephan Szeremeta et un auteur local vivent la même destination, l’un avec un vrai budget, l’autre avec trois fois rien, et c’est un tirage au sort qui décide qui dort au palace. Londres, la Charente-Maritime et le Pérou sont déjà en ligne, Marseille arrive le 21 septembre, l’Écosse le 5 octobre, Strasbourg le 19. Un épisode toutes les deux semaines, en alternant France et monde. La thèse de la maison : avec les bonnes adresses, on s’amuse autant sans argent. À vérifier à Marseille.
Cinquante ans et toujours célibataire
Le premier guide est sorti à Nancy en octobre 1976, parce que Dominique Auzias y faisait ses études, et ça aurait pu être n’importe où ailleurs. Cinquante ans plus tard, Jean-Paul Labourdette insiste sur ce qui compte à ses yeux : le capital reste à 100 % entre ses mains et celles de la famille Auzias, sans grand groupe ni fonds anglo-saxon ou saoudien, et Louis Auzias prend les rênes. « La liberté n’a pas de prix, elle est bien agréable. »
Pour lever un verre à cette indépendance, rendez-vous mercredi à 17h sur le stand M013 de l’IFTM. Et pour les agences qui voudraient des chiffres par département ou par catégorie de recherche, Petit Futé promet de les fournir sur simple demande. C’est peut-être là, plus que dans le podium, que l’Observatoire deviendra vraiment futé.



