Le ciel balkanique souffle un vent de répit pour le transport aérien à bas coûts. La compagnie Wizz Air est parvenue à sécuriser le maintien de sa base opérationnelle stratégique à l’aéroport Nikola-Tesla de Belgrade pour toute la saison hivernale 2026-2027. Ce dénouement fait suite à la décision officielle de la Direction de l’aviation civile de Serbie de reporter de six mois — soit jusqu’au 28 mars 2027 — l’application de controversés amendements réglementaires.
Porté par le ministère serbe de la Construction, des Transports et des Infrastructures, ce nouveau cadre juridique cherchait initialement à restreindre les conditions d’exploitation des compagnies aériennes étrangères non communautaires ou régies par des accords de troisième et quatrième libertés. Pour le transporteur hongrois, qui stationne quatre appareils dans la capitale serbe depuis quinze ans, ces dispositions menaçaient directement son modèle opérationnel et la pérennité de sa base.
Ce report fait suite à d’intenses tractations diplomatiques et institutionnelles, menées notamment en marge des réunions du comité mixte de l’Espace aérien commun européen (EACE) à Bruxelles. La Commission européenne a en effet validé la position de Wizz Air, estimant que les restrictions envisagées entraient en contradiction avec les engagements internationaux de la Serbie.
L’incompatibilité entre les nouvelles règles serbes et les engagements internationaux de la Serbie repose principalement sur le cadre juridique de l’Accord euro-méditerranéen relatif à un Espace aérien commun (EACE) (souvent appelé accord de « Ciel Ouvert ») signé entre l’Union européenne et les pays des Balkans occidentaux, dont la Serbie.
Cet accord international garantit des principes clés qui entrent en collision directe avec l’article 3(4) du nouveau règlement de la Direction de l’aviation civile serbe :
- La liberté d’établissement et l’accès mutuel au marché : L’EACE vise à intégrer les marchés du transport aérien sur la base d’un accès ouvert, permettant aux compagnies aériennes de l’Union européenne de baser des appareils et d’opérer des liaisons sans discrimination liée à leur pavillon national d’origine.
- La non-discrimination des transporteurs : En voulant restreindre l’exploitation des compagnies aux seuls vols débutant ou se terminant dans l’État d’origine ou dans l’UE (uniquement pour les transporteurs de l’UE satisfaisant à des critères restrictifs de liaisons directes), la mesure ciblait de fait le modèle opérationnel des compagnies low-cost comme Wizz Air, qui gèrent des bases délocalisées hors de leur pays d’origine.
- Le principe de libre concurrence : La Commission européenne a estimé que ces dispositions unilatérales imposées par Belgrade constituaient une entrave injustifiée aux règles de concurrence équitable et violaient les obligations de libéralisation du ciel européen ratifiées par la Serbie dans le cadre de son processus d’intégration.
Or à l’échéance du sursis en mars 2027, le principal risque est de voir resurgir le contentieux juridique et réglementaire sous une forme quasi identique, car le report de six mois ne résout pas le fond du problème mais le décale dans le temps.
L’annonce de ce sursis a également été soutenue par une forte mobilisation citoyenne, incarnée par une pétition ayant recueilli plus de 25 000 signatures pour préserver la connectivité et la liberté de choix des passagers. Si la compagnie conserve ses 418 places de stationnement et ses routes pour l’hiver, le répit reste temporaire : le spectre d’une requalification des règles refera surface dès le printemps 2027, obligeant les acteurs du secteur à composer avec une incertitude réglementaire persistante entre protectionnisme national et libre concurrence européenne.
LES NEUF LIBERTÉS DE L’AIR
Source : Organisation de l’aviation civile internationale (OACI)
Ce report des restrictions imposées à Wizz Air à Belgrade illustre les frictions permanentes entre la protection des compagnies nationales et l’ouverture des marchés aux modèles low-cost dans les zones en transition européenne.
Pour les régulateurs et les transporteurs internationaux, cette transition met en lumière l’impératif d’harmoniser les cadres réglementaires pour éviter que des impératifs géopolitiques ou protectionnistes ne déstabilisent la planification des réseaux. À l’avenir, la viabilité des grandes bases régionales dépendra d’un dialogue juridique renforcé, garantissant une prévisibilité opérationnelle indispensable pour maintenir la compétitivité et la fluidité des corridors aériens européens.




