Singapour s’impose une nouvelle fois comme le laboratoire de l’hôtellerie de demain. Le Novotel Singapore on Stevens et le Mercure Singapore on Stevens, deux adresses du groupe Accor réunies au sein d’un même complexe de 772 chambres, viennent de signer un partenariat avec le spécialiste de la robotique YYForce. Objectif : confier aux machines les trajets et les tâches répétitives pour rendre du temps aux équipes, avant d’ouvrir la porte, dans un second temps, aux robots humanoïdes.
Un complexe de 772 chambres transformé en terrain d’expérimentation
Annoncé le 14 octobre, le protocole d’accord lie la société YYForce, cotée au Nasdaq, aux deux hôtels du quartier de Stevens Road, proches d’Orchard Road et du jardin botanique de Singapour. Le périmètre couvre les chambres, mais aussi les restaurants et les espaces événementiels du complexe, soit un environnement d’exploitation réel et non une simple vitrine technologique.

La répartition des rôles est claire : les hôtels apportent leur savoir-faire opérationnel et leur terrain, YYForce fournit les robots et l’accompagnement technique. Le déploiement n’a pas encore commencé, son calendrier dépendant de la préparation technique des bâtiments.
Livraisons, banquets, nettoyage : ce que feront les robots
La première phase, confirmée, repose sur des robots de service spécialisés. Ils assureront les livraisons en chambre, qu’il s’agisse d’articles d’accueil ou de commandes de room service, la logistique de la restauration et des banquets, le nettoyage programmé des halls, couloirs et salles de restaurant, ainsi qu’une assistance de conciergerie pour orienter les clients et répondre aux questions simples.
Avant la mise en service, plusieurs chantiers sont engagés : connexion des robots aux ascenseurs, cartographie des parcours, adaptation du réseau et notifications envoyées aux clients à l’arrivée d’une livraison. L’aide à l’enregistrement fait l’objet d’une évaluation séparée.
Les humanoïdes en ligne de mire
Une seconde phase, distincte, portera sur le système humanoïde développé par YYForce. Certaines tâches de housekeeping et de banquets serviront à faire progresser le matériel, les logiciels et l’intelligence artificielle de ces robots, dans le cadre d’observations autorisées et d’accords encadrant l’usage des données.

Les partenaires restent prudents : ils reconnaissent que les humanoïdes ne sont pas encore capables de nettoyer seuls une chambre occupée ou de gérer un banquet. Aucune date n’est fixée pour cette étape.
Un gain attendu d’environ 10 % sur certaines opérations
Selon une projection établie avant le déploiement, le dispositif pourrait réduire d’environ 10 % les coûts d’exploitation mensuels de certaines activités, comme le housekeeping, la conciergerie et la restauration, le coût des robots étant inclus. Les résultats réels seront mesurés après la mise en service à partir de plusieurs indicateurs : délais de livraison, tâches réalisées par heure de travail, fiabilité, charge de travail des équipes et satisfaction des clients.
Pour Piotr Kupiec, directeur général des deux hôtels, chaque trajet pour livrer un objet et chaque tâche répétitive consomment du temps : la réussite se mesurera à un service plus constant et à un quotidien plus soutenable pour les équipes. Mike Fu, directeur général de YYForce, y voit le passage de la robotique des démonstrations contrôlées au travail réel.
Ce que l’expérience dit de l’hôtellerie de demain
Le contexte singapourien explique ce choix. Le taux d’occupation des hôtels de la cité-État a atteint 81,9 % en 2025, dans un marché où le recrutement reste tendu. Libérer les équipes des allers-retours entre la cuisine, la lingerie et les étages permet de concentrer l’humain sur l’accueil et la relation client, cœur de la promesse hôtelière.
Pour les professionnels du tourisme, l’expérience menée par le Novotel et le Mercure on Stevens sera à suivre de près : si les chiffres se confirment, la robotique de service pourrait rapidement quitter le stade du gadget pour devenir un outil de gestion à part entière dans les grands établissements urbains.
Plus d’informations sur le site du groupe Accor et sur celui de YYForce.



