29 juillet, 2026
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La lutte contre les incivilités liées au surtourisme : quand les villes européennes serrent la vis

Chaque été, le retour des beaux jours s’accompagne d’un défi de taille pour les stations balnéaires et les grandes villes touristiques : comment gérer l’afflux massif de visiteurs sans compromettre la qualité de vie des habitants ni la préservation des espaces publics ? Face aux débordements récurrents — consommation excessive d’alcool, déchets abandonnés, nudité sur la voie publique, dégradations — plusieurs municipalités européennes, de Barcelone à Venise, ont choisi de durcir le ton en adoptant des mesures restrictives et des sanctions financières dissuasives.

Barcelone, laboratoire de la lutte contre le tourisme de

surtourisme

masse

Barcelone s’est imposée comme l’une des villes les plus actives dans la régulation des comportements touristiques jugés incivils. La capitale catalane, qui accueille jusqu’à 170 000 visiteurs par jour, a vu sa cohabitation entre résidents et touristes se dégrader année après année.

Interdiction des déambulations en tenue de plage

Depuis plusieurs années, la mairie de Barcelone a interdit la déambulation en maillot de bain ou en tenue de plage dans les rues du centre-ville, une mesure passible d’une amende de 300 euros. Cette règle vise à mettre fin à un phénomène devenu banal : des touristes arborant uniquement leur tenue de bain en plein centre historique, transformant l’espace urbain en prolongement de la plage.

dubrovnik– surtourisme

Sanctions contre la consommation d’alcool sur la voie publique

Consommer de l’alcool dans la rue peut coûter jusqu’à 1 500 euros d’amende à Barcelone. Cette mesure s’inscrit dans une politique plus large de lutte contre les nuisances nocturnes et les rassemblements bruyants qui perturbent le sommeil des habitants. La ville a également interdit les déguisements à caractère sexuel dans l’espace public, une pratique courante lors de certains événements festifs touristiques.

La fin des « tournées des bars » organisées

L’une des mesures les plus emblématiques adoptées par Barcelone concerne l’interdiction

Le surtourisme à Venise

totale des circuits organisés pour faire la tournée des bars, communément appelés « pub crawls » ou « rutas de la borrachera ». Initialement restreinte à certaines zones et à des horaires nocturnes (de 19 h à 7 h), cette interdiction a été étendue à l’ensemble du territoire municipal et s’applique désormais 24 heures sur 24.

Les organisateurs de ces circuits, qu’ils vendent ou promeuvent ces activités, risquent des amendes pouvant atteindre 900 euros. La distribution de flyers dans la rue pour recruter des participants est encore plus sévèrement sanctionnée, avec des amendes comprises entre 1 500 et 3 000 euros. La Guardia Urbana mène régulièrement des opérations en civil pour repérer les groupes et faire respecter cette réglementation.

Surtourisme: TUI et Airbnb s’accusent mutuellement d’en être la cause
Surtourisme

Suppression des logements touristiques

Parallèlement à ces mesures comportementales, Barcelone a entrepris une politique radicale contre les logements touristiques : la mairie a annoncé en 2024 son intention de mettre un terme à la location d’appartements touristiques d’ici fin 2028, une mesure qui pourrait toucher 10 000 logements. L’objectif est de remettre ces logements sur le marché de la location ou de la vente pour les habitants, dont l’accès au logement est devenu extrêmement difficile en raison de la pression touristique.

Quotas et restrictions d’accès

Le célèbre parc Güell, l’un des sites les plus visités de la ville, limite désormais le nombre d’entrées à 15 000 personnes par jour. Seuls les visiteurs ayant acheté un billet sur Internet peuvent y accéder, une mesure visant à éviter les files d’attente interminables et la saturation des espaces. La ville a également retiré la ligne de bus 116 des applications de navigation comme Google Maps et Apple Maps, afin de la réserver aux habitants du quartier qui se plaignaient d’être envahis par les touristes se rendant au parc Güell.

Autres villes européennes dans la tourmente touristique

Venise et le billet d’entrée

Surtourisme: TUI et Airbnb s’accusent mutuellement d’en être la cause. Depositphotos
Surtourisme

Venise, confrontée à un afflux massif de visiteurs, a instauré un billet d’entrée payant pour les touristes occasionnels, une mesure destinée à limiter le tourisme de masse et à financer l’entretien de la ville.

Santorin et les quotas

L’île grecque de Santorin, autre destination phare du tourisme européen, envisage également la mise en place de quotas de visiteurs pour préserver son équilibre démographique et environnemental.

Le Portugal et la restriction de vente d’alcool

Au Portugal, certaines destinations ont interdit la vente de boissons alcoolisées dans les commerces du centre-ville entre 21 heures et 8 heures, une mesure appliquée dans plusieurs villes européennes pour limiter l’ébriété sur la voie publique.

Un bilan en demi-teinte

Malgré ces mesures, Barcelone reste aux prises avec le phénomène de « tourismophobie », ces manifestations hostiles au tourisme qui témoignent du ras-le-bol des habitants. En 2024, plusieurs milliers de personnes ont manifesté contre l’organisation de la Coupe de l’America, symbole d’un tourisme perçu comme envahissant et déconnecté des réalités locales.

Le tourisme représente néanmoins 13,5% du PIB de la capitale catalane, un secteur économique difficilement remplaçable. Les autorités tentent donc de trouver un équilibre entre préservation de la qualité de vie des habitants et maintien d’une activité économique vitale.

Vers un nouveau modèle de tourisme urbain ?

Les mesures adoptées par Barcelone et d’autres villes européennes signalent un tournant dans la gestion du tourisme urbain : la priorité n’est plus uniquement à l’attractivité et à l’accueil inconditionnel des visiteurs, mais à la régulation des flux et des comportements pour préserver la paix sociale et l’environnement urbain.

Le maire de Barcelone, Jaume Collboni, insiste sur la nécessité de « développer d’autres activités » pour diversifier l’économie et réduire la dépendance au tourisme de masse. Une approche qui pourrait inspirer d’autres destinations confrontées aux mêmes défis.


Sources : Reportage TF1 du 13h, V. DAVID, C. PLANES, M. LOPINSKI ; articles de presse spécialisés sur le tourisme et les politiques urbaines.

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