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La Sélection Littéraire du Mercredi

Le choix de Jean-François Colonna cette semaine : Rue Darwin-   Boualem Sansal

Après l’Algérie d’Albert Camus, avec Noces et l’été la semaine dernière, je vous propose de découvrir l’Algérie contemporaine, celle de Boualem Sansal.

Boualem Sansal

À l’occasion de la remise du Prix du roman Arabe en 2012, pour Rue Darwin, Boualem Sansal explique les motivations qui l’ont conduit à l’écriture de ce livre. À la mort de sa mère, il a été submergé par  un bouillonnement de questions. Questions sur ses origines, son identité, sur celle de l’Algérie entre colonisation, et indépendance.

Yazid, le narrateur qui parle au nom de Boualem Sansal, a voulu éviter à sa mère, Karima, la mort des gueux « dans un hôpital louche, aux matelas grumeleux et pestilentiels des hôpitaux algériens ». Elle mourra à Paris à la Salpêtrière entourée de tous ses enfants qui ont déserté l’Algérie pour vivre loin d’elle. Peut- on aimer à distance ? Seul Yazid est resté en Algérie, gardien de la vie de sa mère, Karima, qui au moment de sa mort lui donne deux instructions : Retourne rue Darwin et prend soin de Farroudja.

Yazid aurait dû hériter du puissant Clan des Kadri qui régnait sur l’empire de la prostitution, mais Tata Farroudja l’enlève sur ordre de sa mère, Karima, pour Alger et la rue Darwin où Yazid vivra son enfance entre ces deux femmes. Rue Darwin où on s’entasse à dix dans une seule pièce. La rue Darwin de l’Algérie coloniale, du quartier Belcourt où « la pauvreté était un paradis pour nous les enfants, pas de barricades, une vraie liberté de chaque instant. Sans les enfants la pauvreté n’est que misère. Plus que de pain, les pauvres ont besoin d’enfants ».

Le quartier Belcourt – Alger

Yazid a respecté les dernières instructions de sa mère est toute une semaine il va parcourir le quartier Belcourt, mais le Belcourt d’aujourd’hui est un autre monde. L’islam y règne en maître jaloux et vindicatif. « Il n’y a d’hommes libres que soumis à Allah. Le bonheur est dans le martyr ». Contre cette nouvelle Algérie, révolutionnaire et indépendante, Boualem Sensal procède à une charge sans concession : « Des Dirigeants découvraient que le peuple n’était ni pur ni fidèle, alors ils décidèrent de l’éliminer en une génération et de se doter d’un peuple nouveau. Et ils l’on fait. C’était après la guerre contre les Français.  Nous cessâmes d’être des êtres humains ».

Yazid respectera l’autre instruction de sa mère en prenant soin chaque jour de Tata Farroudja.

Comme pour ses origines familiales, Boualem Sansal est déchiré entre deux mondes, deux identités, celle de l’Algérie des Français et celle d’aujourd’hui révolutionnaire et musulmane.

Rue Darwin est un livre indispensable, un magnifique témoignage d’un écrivain qui a décidé de vivre en Algérie cinquante ans après la colonisation française, et de partager le sort de ses compatriotes.

Rue Darwin- Boualem Sansal – Folio 299 pages.   

Jean-François Colonna, ancien cadre de CWT, écrivain et passionné de lecture et de théâtre !

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