25 mai, 2024
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Florence…une histoire d’amour qui n’en finit pas

Au cours d’une réunion amicale j’ai dit : ” Je vais à Florence” et j’ai remarqué un arrêt dans la conversation un suspense un peu comme si j’avais dévoilé un charme, révélé un secret, étalé un trésor. Rome, Venise peut-être, mais Florence plus encore à cet impact mystérieux qui ordonne le silence au seul bruit de son nom… J’avais ravivé des souvenirs, créé des envies et sans doute aussi suscité des rêves.

Parler de Florence c’est un peu comme raconter un amour qui n’en finirait pas. Mais par où commencer, que décrire d’abord de cette ville où tout est essentiel ?

Je pense que le plus sage pour une première approche est d’oublier la ville chef-d’œuvre pour ne découvrir que son paysage magique.

Imaginez une ville-nid dans le berceau de ses collines, un fleuve d’or au creux de ce berceau. Des cyprès, des oliviers, des orangers et des roses, une terre noire couleur de fécondité. C’est Florence à son premier jour. Pas trop près de la mer pour n’être pas assez commerçante. Assez loin pour garder la tête froide et partout cet air léger qui porte à l’allégresse.

Il semble bien que de toute éternité Florence était prévue dans le lieu même où elle s’est édifiée.

Ici rien n’est dû au hasard dans un paysage par avance signé Léonard de Vinci ou Botticelli. Ainsi, une fois peut-être tous les mille ans, s’accomplit un miracle.

Une nature donc, la plus harmonieuse et la mieux faite pour le bonheur, et d’elle-même soumise à l’ordre. Collines douces où les prés descendent jusqu’au fleuve au clapotis de petite houle. Prés-jardins bien de la Toscane où l’on sème les fèves à la feuille argentée et les tomates rondes, un arpent d’avoine pour le cheval noble et le plant de vigne pour la treille de l’été où le jasmin fleurit avant les grappes. Telle est la Florence de tous les jours et celle sans doute que ne voient pas ces possesseurs de guides qui feuillettent leur livre, les yeux baissés, devant la merveille. Les amoureux ont-ils des guides pour aimer ?

Florence, pour le plaisir de l’oiseau qui passe, pour mon plaisir et pour le vôtre, épanouit ses coupoles comme des fleurs subtilement assemblées que le ruban de sa rivière enserre.

Alors la fête commence. Dans cette ville où court le petit monde quotidien, on oublie les passants et l’on est toujours devant un chef-d’œuvre. C’est peut-être à cela qu’on le reconnaît : il vous isole en vous confondant, il vous grandit en vous isolant, et l’esprit vous vient de l’aimer. Il faut être disponible. Que le choc devant Santa Maria Dei Fiori soit total. Qu’importent les dates, les princes, qui sont à son origine, il faut oublier le livre aux dates précises et aux plans détaillés faire confiance à ses yeux, nos juges les plus sûrs.

Regardez sur cette place la haute cathédrale, son campanile et son baptistère, diamant de marbre dont les portes s’ouvrent sur le Paradis de Ghiberti ciselé dans un bronze plus éclatant que l’or et où Dante fut baptisé.

Botticelli – la naissance de Venus

Accoudez-vous au parapet du fleuve et levez les yeux vers cette portion de ciel comprise entre les deux toits parallèles des Offices. Entrez, vous êtes dans un des plus beaux musées du monde. Botticelli est à vous, ses fleurs et tous ses voiles suspendus à des seins printaniers. Cimabue, Giotto, Léonard de Vinci, Raphaël, Michel-Ange...A vous toujours Lippi, Ghirlandaio et Fra Angelico. A vous encore nos gracieux maîtres français, Watteau, Nattier, Rigaud. Et aussi les grands flamands et le divin Dürer. Près de deux mille tableaux chefs-d’œuvre ! Mais qu’un seul soit tout pour vous. Qu’il soit votre rendez-vous d’amour.

David – de Michel-Ange

Les génies de Florence sont la fortune de tous les musées du monde. Pourtant les églises, les palais, les musées de Florence en sont toujours pleins. Nulle part ailleurs on ne sent comme ici la perfection d’un univers bien clos Palais, maisons, rues…  Banc de pierre, à deux pas de la “Loggia” où Dante s’asseyait le soir pour rêver de Béatrice. Ou bien cette autre place, devant la Santa Croce, où Boccace lut à la foule troublée “La Divine Comédie”. Cette maison où Michel-Ange sculpta sans doute “Le Jour” et “La Nuit”. Là, naquit Machiavel. Ici mourut Guichardin et sur la belle place de la Signoria, la dalle ronde qui marque l’endroit où fut brûlé en 1498, Savonarole qui voulait confier (déjà un contestataire !) le gouvernement de la ville aux enfants.

Et le Vieux Pont avec son couloir médicéen d’où les princes et les seigneurs surveillaient le cours de l’or. A cent mètres de là, où sont maintenant établis les vendeurs de dentelle et de fines chaussures, les changeurs de la Renaissance tenaient boutique. C’est là aussi que les faillis connaissaient la punition : à genoux sur une plaque de marbre qui existe toujours, et le derrière nu, ils s’exposaient ainsi aux railleries et aux crachats des passants.

Choisir dans Florence, c’est toujours oublier une émotion essentielle. Mais peut-on, en peu de temps, sinon en courant, voir Santa Maria-Novella et ses fresques divines, Santa Croce et ses “monstres sacrés” dont la poussière repose sous les dalles aux noms sonores : Galilée, Machiavel, Alfieri, Michel-Ange, “la plus brillante assemblée de morts d’Europe”

Ville sublime où Fra Angelico pleurait quand il peignait le Christ et où Giotto, le petit pâtre des collines toscanes dressait, à soixante-dix ans, les plans du campanile de Santa Maria Dei Fiori.

Noble place de la Seigneurie, statues nobles de la “Loggia” jardins de Boboli où les allées savent où elles vont, droites et taillées dans le seul mystère de leurs ifs devenus en plus de quatre cents ans, muraille de verdure sombre ; petite église de San Mignato aux prêtres magiciens, Fiesole, la colline de lune, quelques cygnes sur l’Arno, tout l’or des toits…Florence poème.

Notes en marge sur mon carnet de voyages

Jacques BASCHIERI dit Vinicius

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