C’est un coup dur pour la desserte régionale russe. L’Agence fédérale du transport aérien (Rosaviatsia) a ordonné la révocation pure et simple du certificat de transporteur aérien (AOC) de la compagnie Izhavia, propriété intégrale de la république d’Udmurtie. Cette décision radicale, entrée en vigueur le 1er août 2026, cloue au sol une flotte vieillissante et laisse en suspens près de 46 000 billets déjà vendus.
Signée le 28 juillet par le directeur de la Rosaviatsia, Dmitry Yadrov, la sanction fait suite à une inspection menée fin juillet qui a mis en lumière des manquements graves à la sécurité.
- Les motifs de la sanction : Les inspecteurs ont découvert qu’un Yak-42D (immatriculé RA-42455) avait effectué quatre vols commerciaux sans avoir réalisé la maintenance obligatoire requise. L’audit a également pointé des registres de présence du personnel technique falsifiés ainsi que des non-déploiements de volets non signalés sur ses Boeing 737-800.
- Une flotte sous pression : Composée de deux Boeing 737-800 d’occasion (acquis en 2022 sans le soutien des constructeurs en raison des sanctions) et de quatre vénérables trijets Yak-42D d’une moyenne d’âge de 26 ans, la flotte d’Izhavia illustre la crise chronique des pièces détachées qui frappe le secteur aérien russe.
- Conséquences pour les passagers : Avec l’arrêt immédiat des ventes de billets et la suspension de ses liaisons reliant Izhevsk à Moscou, Saint-Pétersbourg et une dizaine d’autres villes russes, la compagnie indique que les vols seront transférés vers des transporteurs partenaires tels que Rossiya et S7 Airlines, tandis qu’un remboursement intégral est proposé.
« Les transporteurs qui ne peuvent pas faire fonctionner un système de sécurité fonctionnel devront quitter le marché. » — Dmitry Yadrov, Directeur de la Rosaviatsia
Du point de vue de l’analyse industrielle, le cas d’Izhavia dépasse la simple infraction réglementaire : il s’agit de la première révocation d’AOC découlant directement du programme de surveillance accru ordonné par Moscou à la suite du crash tragique d’un An-24 d’Angara Airlines en juillet 2025.
Paradoxalement, la santé financière affichée par l’entreprise en 2025 (un chiffre d’affaires en hausse de 9,6% à 6,886 milliards de roubles et un bénéfice net bondissant de 160% à 1,67 milliard) contraste cruellement avec l’asphyxie opérationnelle de sa flotte. En droit russe, un certificat révoqué ne pouvant être réinstauré, l’avenir d’Izhavia s’écrit en pointillé : la république d’Udmurtie envisageait déjà de céder ses parts, et un processus de vente aux enchères des actifs (notamment les Boeing 737-800) est évoqué pour la fin de l’année 2026. Cette fermeture s’inscrit dans un contexte macro-économique sombre où la Rosaviatsia anticipe une contraction de plus de 30 % de la flotte commerciale russe d’ici 2030, face aux retards de production des programmes souverains (MC-21, SJ-100).



