Air Corsica, Air Caraïbes et French bee ont signé ce mardi à l’IFTM un accord de partage de codes. Un billet, une carte d’embarquement, des valises qui suivent : la Corse se retrouve branchée sur les Antilles, La Réunion, Papeete et l’Amérique du Nord via Orly. Faire-part d’une union que personne n’a vue venir, sauf ceux qui l’ont préparée.
Air Corsica, Air Caraïbes et French bee ont la joie de vous annoncer leur union. La cérémonie a eu lieu ce mardi 15 septembre à Paris, porte de Versailles, en présence de leurs directions respectives. Les témoins : un communiqué de trois pages et un jeu concours sur le stand S004 Hall 1. Le voyage de noces se fera à Orly. Les mariés y ont déjà leurs habitudes, et surtout leurs créneaux.
Régime matrimonial : communauté de codes
Avant, Air Corsica et Air Caraïbes vivaient en interligne. Un peu comme un couple qui garde deux appartements. Deux billets, deux enregistrements, des valises à récupérer à Orly, une file d’attente pour les redéposer, et le vague sentiment que Fort-de-France se mérite.
Le partage de codes met tout en commun. Un numéro de réservation, un numéro de vol, une carte d’embarquement, des bagages étiquetés d’Ajaccio jusqu’à Saint-Denis de La Réunion ou de Bastia jusqu’à Montréal. Le passager corse ne verra plus le tapis à bagages d’Orly qu’en photo.
Au menu, selon le communiqué : les Antilles, La Réunion, Papeete, Montréal, New York, Miami et la côte Ouest des États-Unis. La liste exacte des itinéraires et la date de mise en vente ne sont pas encore précisées. Air Corsica ajoute sur LinkedIn des « offres tarifaires harmonisées », formule qu’on lira dans les grilles avant de la répéter.
Les familles
Côté Corse : Air Corsica, 51 % du trafic de l’île, 82 % en hiver, près de 2,3 millions de passagers en 2025, une mission de service public tatouée sur le fuselage et quatre aéroports à défendre. Une compagnie qui sait ce que veut dire une liaison vitale.
Côté Vendée : les deux compagnies aériennes du groupe Dubreuil. Air Caraïbes, 1,62 million de passagers l’an dernier, ancrée aux Antilles et en Guyane. French bee, dix ans cette année, sept destinations depuis Orly, une flotte entièrement en A350, Malé et Colombo sous le sapin le 19 décembre. Deux compagnies qui ont fait d’Orly un hub long-courrier quand le reste du secteur regardait Roissy en pensant que c’était le seul aéroport de Paris.
Des insulaires d’un côté, des gens qui ont appris à relier des îles de l’autre. Le mariage se comprend.
L’ex
Il faut bien un ex. Le partenaire historique d’Air Corsica, celui avec qui elle partage la délégation de service public Orly-Corse jusqu’au 31 décembre 2027, celui qui est actionnaire minoritaire à ses côtés, celui dont le Flying Blue s’affiche sur ses vols Paris, s’appelle Air France.
Air France n’était pas à la cérémonie. Difficile de lui en vouloir : depuis le 29 mars, elle a déménagé toutes ses opérations à Roissy, en ne laissant à Orly que ses vols corses, ceux que la DSP l’oblige à assurer. Pointe-à-Pitre, Fort-de-France, La Réunion ? Partis à CDG. Précisément les destinations qu’Air Corsica vient de brancher, à Orly, sur les A350 de Dubreuil.
Marie-Hélène Casanova-Servas, présidente du conseil de surveillance d’Air Corsica, parle de « nos amis d’Air Caraïbes et de French Bee ». Hugues Heddebault, directeur commercial et affaires publiques d’Air Caraïbes, revendique « une approche pragmatique, fondée sur le service rendu à nos clients et la complémentarité des réseaux ». Le nom d’Air France n’apparaît nulle part dans le communiqué. Sur un faire-part, on ne cite jamais les ex.
La liste de mariage
Casanova-Servas qualifie l’accord de « commercial et technique ». Les trois compagnies promettent d’autres projets « autour de sujets opérationnels et techniques », sans en dire plus. En août, Aircalin avait déjà sollicité Air Corsica pour la formation de ses équipages A320 et French bee pour la certification de ses pilotes A350. Accord après accord, un réseau de coopérations entre compagnies françaises se dessine sans passer par Roissy, et le groupe vendéen se retrouve à chaque fois sur la photo.
Zemourda Aissaoui, directrice commerciale de French bee, promet de « rendre l’accès aux destinations incontournables toujours plus simple et accessible ». Casanova-Servas, elle, attend déjà les Américains : elle veut voir une clientèle « en provenance des US » découvrir la Corse.
Une seule chose manque au faire-part : la date de mise en vente des billets combinés. Elle viendra. Et ce jour-là, le premier passager corse à retrouver à Papeete des valises qu’il n’a pas revues depuis Calvi ne saura jamais que tout s’est joué porte de Versailles, entre un communiqué et un jeu concours. Tant mieux.



