27 juillet, 2026
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Quand le feu consume aussi l’économie française (Partie 2)

Le coût invisible des incendies : des milliards d’euros, des milliers d’emplois fragilisés… et une question que personne n’ose vraiment poser : qui paiera ?

BFM Conso : Incendies, ce qu'ils coutent (vraiment) à la France - 24/07

Lorsque les dernières flammes disparaîtront des forêts de Gironde et des Landes, une autre bataille commencera.

Une bataille moins spectaculaire. Sans hélicoptères. Sans Canadair. Sans images aériennes diffusées en boucle sur les chaînes d’information.

Une bataille comptable, économique, sociale. Qui risque de durer des années.

Car un incendie ne détruit jamais uniquement une forêt. Il détruit de la richesse : du travail, des entreprises, des recettes fiscales, des investissements, des décennies de développement économique.

Le feu s’éteint en quelques jours. Par contre, le risque perdure plusieurs mois. Ses conséquences financières, elles, peuvent s’étaler sur plusieurs générations.

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Le feu est parti de cette camionnette sur la route de Biscarrosse à Sanguinet, jeudi après-midi

Une économie locale brutalement mise à l’arrêt

Les images des flammes ont fait le tour du monde. Celles des rideaux baissés beaucoup moins.

Pourtant, elles racontent une autre catastrophe.

À Biganos, évacuée dès le dimanche 27 juillet, les vitrines des commerces affichent toutes le même message : « Fermeture exceptionnelle pour une durée indéterminée. » Derrière cette simple affiche se cache une réalité économique brutale : des commerces privés de clientèle, des restaurants et des supermarchés dont l’ouverture reste interdite, qui jettent leurs stocks, des hôtels et campings désertés.

Des entreprises contraintes d’interrompre leur activité sans savoir quand elles pourront rouvrir. Le feu ne détruit pas seulement des bâtiments  Il suspend une économie entière.

13 000 entreprises évacuées, une économie entière paralysée

L’onde de choc dépasse largement le périmètre des flammes.

Selon les derniers bilans communiqués par le gouvernement et les acteurs économiques locaux, plus de 13 000 entreprises ont été contraintes de cesser leur activité dans les 22 communes évacuées de Gironde. Parmi elles figurent près de 7 000 entreprises artisanales et 6 300 entreprises commerciales, auxquelles s’ajoutent des exploitations agricoles, des établissements touristiques, des PME industrielles et de nombreux commerces de proximité. Soit près de 40 000 entreprises girondines seraient directement ou indirectement impactées par les conséquences des incendies : fermeture administrative, baisse de fréquentation, difficultés logistiques, pertes d’exploitation ou ralentissement économique. Derrière chaque commerce fermé, une inquiétude sociale : au total, près de 130 000 salariés se retrouvent dans l’impossibilité de travailler normalement, une situation que le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Bordeaux-Gironde qualifie de « coup de massue » pour l’économie locale. Pour combien de temps ? Les saisonniers verront-ils leurs contrats prolongés ? Les indépendants pourront-ils continuer à payer leurs charges ? Certaines entreprises s’interrogent déjà sur leur capacité à reprendre une activité normale. Et certains salariés commencent à craindre que cette parenthèse ne se transforme en perte durable d’emploi. D’autres se sont déjà mis en recherche d’un autre emploi. Dans une économie locale où logement et travail sont intimement liés, chaque fermeture prolonge les effets du sinistre bien au-delà des zones brûlées.

Mais les entreprises directement évacuées ne représentent que la partie visible de la crise. La fermeture de l’autoroute A63, les restrictions d’accès, les évacuations successives, la chute brutale de la fréquentation touristique, les ruptures d’approvisionnement et l’arrêt de plusieurs plateformes logistiques entraînent un effet domino sur l’ensemble du tissu économique girondin. Hôtels, restaurants, campings, viticulteurs, commerces saisonniers, artisans, transporteurs et entreprises de services voient leur activité brutalement interrompue ou fortement ralentie en pleine saison estivale, période durant laquelle beaucoup réalisent une part essentielle de leur chiffre d’affaires annuel. Les entreprises disposent désormais d’un délai exceptionnel courant jusqu’au 31 août pour déclarer leurs sinistres auprès de leurs assureurs.

À Biganos, l’exemple du magasin Netto illustre la violence économique d’un incendie, même lorsqu’aucun bâtiment n’est détruit. Contraint de fermer après l’évacuation de la commune, le supermarché a dû se résoudre à jeter l’intégralité de ses produits frais et une partie de ses marchandises. Un commissaire de justice est intervenu pour constater officiellement les pertes, étape indispensable à la procédure d’indemnisation. Quelques jours de fermeture ont suffi à anéantir plusieurs dizaines de milliers d’euros de stock, sans compter le manque à gagner, les charges fixes  (loyers, électricité, crédits) qui continuent de courir et la désorganisation durable de l’activité.

Fin juillet représente souvent le cœur de la saison, notamment pour toutes les activités touristiques comme les campings. Ces jours d’évacuation vont entraîner des centaines d’annulations ; des remboursements ; des frais de remise en état ; des pertes de chiffre d’affaires qui ne pourront jamais être rattrapées. Pour certains établissements, cette période représente jusqu’à 40 % du chiffre d’affaires annuel.

À ce stade, aucune évaluation officielle consolidée du coût économique global n’a encore été publiée. Les économistes s’accordent toutefois sur un point : entre les pertes d’exploitation, les marchandises détruites, les annulations touristiques, les interruptions de production, les dégâts forestiers, les perturbations logistiques et les futures indemnisations, la facture se comptera très probablement en centaines de millions d’euros, voire davantage lorsque seront intégrés les effets indirects sur l’emploi, les finances publiques et la reconstruction. Le véritable coût des incendies ne se limitera pas aux biens partis en fumée : il se mesurera aussi dans les semaines d’activité perdues, les investissements reportés, les emplois fragilisés et l’attractivité économique d’un territoire profondément marqué par la catastrophe.

L’effet domino

Les économistes parlent d’effets indirects. En effet, un incendie ne touche jamais uniquement les entreprises situées dans le périmètre des flammes. Il affecte également :

  • les fournisseurs ;
  • les transporteurs ;
  • les sous-traitants ;
  • les producteurs locaux ;
  • les entreprises de nettoyage ;
  • les stations-service ;
  • les commerces voisins ;
  • les plateformes logistiques ;
  • les entreprises touristiques de tout un territoire.

Chaque activité interrompue en ralentit plusieurs autres. C’est cet effet en cascade qui explique pourquoi les méga feux deviennent aussi des crises économiques majeures.

Une forêt qui représente une véritable industrie

Beaucoup de Français voient la forêt landaise comme un immense espace naturel. N’oublions pas qu’elle constitue également l’une des principales ressources économiques du Sud-Ouest.

La forêt des Landes couvre près d’un million d’hectares, et alimente toute une filière : sylviculture ; scieries ; industrie papetière ; fabrication de panneaux ; emballages ; biomasse ; menuiserie ; construction bois.

Des milliers d’entreprises vivent directement ou indirectement de cette ressource. Chaque hectare détruit représente plusieurs décennies d’investissements. Un pin maritime met souvent entre 30 et 50 ans pour atteindre sa pleine maturité. Lorsqu’il disparaît en quelques heures, c’est parfois le travail de plusieurs générations qui part en fumée, qui représente quarante années de croissance, d’entretien, de débroussaillement, de replantation, de fiscalité et de travail qui s’envolent avec les flammes.

Les propriétaires forestiers : les grands oubliés

Dans les médias, l’attention se porte naturellement sur les habitations détruites, les évacuations ou les infrastructures endommagées. Beaucoup plus rarement sur celles et ceux qui voient partir en fumée leur patrimoine, leur outil de travail et parfois les revenus d’une vie entière.

Contrairement à une idée largement répandue, la forêt française n’appartient pas majoritairement à de grands groupes industriels. Près de 75 % des forêts françaises sont des forêts privées, réparties entre plus de 3,3 millions de propriétaires, le plus souvent des particuliers, des familles ou de petites propriétés transmises de génération en génération.

La perte ne s’arrête pas à la valeur du bois.

Il faut ensuite sécuriser les parcelles, évacuer les arbres brûlés lorsqu’ils peuvent encore être valorisés, reconstituer les sols, replanter, protéger les jeunes peuplements contre les sécheresses, les maladies ou les ravageurs… avant d’attendre plusieurs décennies pour retrouver un revenu forestier.

Pendant ce temps, les charges continuent. Les impôts fonciers demeurent. Les travaux sylvicoles doivent être financés. Et l’incertitude climatique rend chaque nouvel investissement plus risqué que le précédent. Pour certains propriétaires, l’enjeu n’est plus seulement de reconstruire la forêt. Il est de savoir s’ils auront encore les moyens — ou l’envie — de la replanter.

Cette question dépasse les intérêts individuels. Car derrière chaque parcelle détruite se joue aussi l’avenir d’une filière stratégique pour le Sud-Ouest : celle du bois, de la papeterie, de la construction, de la biomasse et de milliers d’emplois qui dépendent directement de la ressource forestière.

L’incendie ne détruit donc pas seulement un paysage. Il interrompt un cycle économique qui, en forêt, ne se compte ni en mois, ni en années… mais en générations.

Les chiffres qui changent d’échelle

À 13 h 30, ce lundi 27 juillet, les incendies avaient déjà parcouru 116 085 hectares en France depuis le début de l’année, soit près de 1 200 km². Et depuis le début de l’été, 13 566 départs de feu ont été recensés, selon le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez.

Ces chiffres donnent le vertige.

Ils représentent près de cinq fois les surfaces brûlées à la même période en 2025 (environ 24 000 hectares). Ils sont plus de dix fois supérieurs à la moyenne observée entre 2006 et 2025 à la même date, selon le Système européen d’information sur les feux de forêt (EFFIS).

À eux seuls, les incendies de Gironde totalisent déjà 42 000 hectares détruits, tandis que 3 600 hectares supplémentaires ont brûlé autour de Biscarrosse, dans les Landes.

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La forêt le long de la route de Parentis, à l’entrée de Biscarosse.

Plus de 20 000 personnes évacuées, au moins 198 habitations ont été détruites par les flammes à Biscarrosse, et 240 habitations ont été détruites dans l’incendie hors norme qui ravage la Gironde, dont 170 sur la seule commune du Porge.

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Le quartier En Hill de Biscarrosse dévasté par les flammes.

La Gironde dépasse désormais, à elle seule, la surface totale brûlée cette année dans plusieurs pays européens comme le Portugal (environ 30 000 hectares), la Roumanie (12 000 hectares) ou la Croatie (3 300 hectares).

Cette comparaison montre que les méga feux français ne sont plus seulement un sujet national. Ils s’inscrivent désormais parmi les catastrophes majeures observées à l’échelle européenne.

Les statistiques 2026 des incendies deviennent complètement vertigineuses. Elles révèlent une réalité dérangeante : malgré le travail remarquable des soldats du feu, la France ne met manifestement plus les moyens nécessaires pour

Des questions qui fâchent …

Les indemnisations arriveront-elles assez vite pour éviter les faillites ? Les dispositifs de chômage partiel suffiront-ils si les fermetures se prolongent ? Les petites entreprises auront-elles la trésorerie nécessaire pour tenir plusieurs semaines, voire plusieurs mois ? Les assurances absorberont-elles une succession de catastrophes d’une telle ampleur sans répercussion sur les primes ? Et, surtout, combien coûtera à la France une répétition de tels incendies tous les étés ?

Car le véritable défi économique ne réside peut-être plus dans le coût exceptionnel d’un mégafeu.

Il réside dans l’hypothèse où ces catastrophes cesseraient d’être exceptionnelles.

Eve CACHEIN

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