En raison de sa livrée jaune et rouge étincelante, tout le monde l’appelle affectueusement le « Canari ». Depuis plus d’un siècle, le Train Jaune de Cerdagne fend les paysages spectaculaires des Pyrénées-Orientales, serpentant sur une voie métrique de 63 kilomètres entre Villefranche-de-Conflent et Latour-de-Carol. Véritable chef-d’œuvre de l’ingénierie du début du XXe siècle, ce train emblématique continue de faire rimer voyage patrimonial avec évasion montagnarde.

Quand naissait le Train Jaune
Une ascension vertigineuse au cœur du Roussillon : S’étirant de 427 mètres d’altitude à son départ pour culminer à 1 593 mètres à la gare de Bolquère-Eyne — la plus haute gare de liaison ferroviaire de France —, le Canari gravit près de 1 200 mètres de dénivelé à une moyenne paisible de 30 km/h, offrant trois heures de contemplation à travers la vallée de la Têt et le plateau cerdan.

Le pont Gisclard en construction
« Véritable emblème de la région, le train jaune sillonne les hauteurs des Pyrénées-Orientales depuis un siècle sur un trajet de plus de mille mètres de dénivelé. » — Comité Départemental du Tourisme des Pyrénées-Orientales
Une prouesse architecturale hors normes : Pour dompter le relief accidenté des Pyrénées catalanes, la ligne a nécessité l’édification de 650 ouvrages d’art. Parmi eux, deux monuments historiques marquent les esprits : le pont Gisclard, premier pont ferroviaire métallique de France suspendu à 80 mètres au-dessus du vide, et le viaduc Séjourné, enjambant la vallée à 65 mètres de hauteur.
Une alimentation électrique centenaire et durable : Fonctionnant grâce à un système original de « troisième rail » latéral, le train tire son énergie de barrages locaux et du complexe hydroélectrique de La Cassagne (exploité par la SHEM), témoignant d’une vision pionnière de l’électrification ferroviaire dès 1910.
Un service de proximité et un atout touristique majeur : Si les mythiques rames historiques Z100 ravissent les passionnés (notamment en été grâce aux célèbres wagons découverts), le Train Jaune demeure un train TER à part entière, indispensable au désenclavement et aux déplacements quotidiens des habitants de la Cerdagne. Desservant 21 à 22 gares au total, le Train Jaune conserve sa double casquette : train TER du quotidien pour les habitants des Hauts-Plateaux et joyau touristique incontournable, particulièrement prisé l’été grâce à ses célèbres wagons découverts.
« Le Canari n’est pas seulement un vestige muséal circulant sur rails ; il incarne la résilience d’un aménagement territorial pensé pour durer, rappelant que la lenteur peut devenir le plus grand luxe du voyageur moderne. » — La Rédaction

Du point de vue du tourisme durable et de la valorisation des territoires ruraux, le Train Jaune de Cerdagne offre une leçon d’urbanisme et de mobilité douce avant l’heure. À l’heure où les destinations recherchent des alternatives crédibles au tout-voiture et peinent à désenclaver les zones de montagne, cette ligne centenaire prouve que l’infrastructure patrimoniale et industrielle peut devenir un formidable levier d’attractivité économique et culturelle.
En combinant transport public du quotidien et expérience immersive lente, le Canari démontre que les voyageurs d’aujourd’hui ne cherchent plus seulement la vitesse, mais la narration, la contemplation et l’immersion sensorielle. Pour les professionnels du secteur, faire perdurer ce type de ligne historique ne relève pas de la nostalgie, mais bien d’une vision d’avenir pour un tourisme respectueux des équilibres locaux.
Informations pratiques : prendre le train jaune pour aller où?

Sources : CDT Pyrénées-Orientales / Pyrénées-Cerdagne : « Le Train Jaune de Cerdagne, un symbole catalan » (Dossier thématique et historique de la ligne) — Consulté en août 2026. SNCF / TER Occitanie : « Horaires et services du Train Jaune : liaison Villefranche-Vernet-les-Bains / Latour-de-Carol-Enveitg » — Données de service actualisées pour la saison 2026. Patrimoine Ferroviaire Français : « Le centenaire et l’histoire des ouvrages d’art de la ligne de Cerdagne (ponts Gisclard et Séjourné) » — Repères historiques (célébration du centenaire les 26-27 juillet 2013).




