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Notre livre de la semaine

Notre spécialiste propose aujourd’hui : « l’anthropologie n’est pas un sport dangereux » de Nigel Barley.

Nigel Barley

Cet essai, publié en 1988 et réédité à plusieurs reprises, se lit en fait comme un roman de voyage plein d’anecdotes et surtout d’autodérision. Nigel Barley est un anthropologue britannique avec une longue expérience sur le terrain, notamment dans le sud-est asiatique, où il a commencé à travailler de façon régulière à partir justement de la rédaction de cet essai sur l’île indonésienne de Sulawesi (Célèbes).

L’anthropologie n’est pas un sport dangereux est le récit d’un voyage à Tana Toraja, la région des hautes terres du sud de Sulawesi où habite l’ethnie du même nom, un terrain très apprécié des anthropologues anglo-saxons, des documentaristes, mais aussi des touristes attirés par les complexes cérémonies funéraires et par l’architecture des villages pittoresques avec des maisons en bois richement décorées.

Pour notre bonheur, le parcours de l’auteur est une suite de complications avec des administrations capricieuses et des transports aléatoires, sans parler de tous les dangers de la jungle tropicale. En contrepartie, il découvre un peuple chaleureux et accueillant, niché dans des montagnes à la beauté sauvage.  Ces coutumes et ce décor existaient et existent encore à Tana Toraja, ce qui rend le livre toujours d’actualité. Ce qui le rend unique, par contre, ce sont les descriptions de ces regards croisés entre l’Occident (à la façon des Lettres Persanes de Montesquieu) et ce peuple dit « originaire », tant en Indonésie qu’à Londres.

La dernière partie du livre couvre les péripéties de quatre artisans toraja qui se rendent à Londres afin de construire un grenier à riz pour une exposition au British Museum, où l’auteur travaillait à l’époque dans le département d’Ethnographie. Il les héberge chez lui pour la durée de leur séjour. Un écrivain de moindre importance pourrait simplement utiliser un scénario pour une comédie de mœurs pleine de quiproquos.

En fait, Barley ne peut s’empêcher de faire quelques commentaires sur l’absence de crachoirs pour la noix de bétel à Londres, une graine stimulante très populaire en Asie, chiquée tous les jours par ses invités. Mais, pour l’essentiel, il utilise les anecdotes de l’arroseur-arrosé comme une opportunité pour renverser la perspective de celui qui regarde et celui qui est regardé. Quand l’un des artisans, Nenek, demande à Barley pourquoi les Britanniques insistent à jeter des pièces dans les puits et les fontaines, l’auteur se trouve au dépourvu : « Je n’ai pas pu l’éclairer. ‘Ils le font pour avoir de la chance’ ou ‘C’est notre coutume’ – aucune des deux réponses ne l’a satisfait ».

L’anthropologie n’est pas un sport dangereux de Nigel Barley. 1988. Petite bibliothèque Payot.

C.A.T.

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