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Une destination, une chanson : Born in the USA, de Bruce Springsteen

C’est l’histoire d’un malentendu. Ou plutôt d’une récupération politique que Reagan a fait d’une chanson contestataire, lors de la campagne politique qu’il menait au New Jersey en 1984, le lieu de naissance de Bruce Springsteen. On dit que le rocker a l’écrit après avoir lu le livre « Born in the Fourth of July » de Ron Kovic, un vétéran de la guerre du Vietnam et un activiste antiviolence. Oliver Stone l’a ensuite adapté pour le grand écran avec Tom Cruise comme protagoniste et le film a reçu un Oscar.

Les paroles de la chanson parlent d’un type un peu loser qui est envoyé au service militaire pendant la guerre du Vietnam, qui rentre chez lui marqué par ses expériences en Asie du Sud-Est et se retrouve complètement délaissé par le pays qu’il a servi. Il n’arrive pas à trouver du travail ni à oublier l’ami qu’il a perdu sur place. Dix ans après la guerre, il ne lui reste plus qu’à revendiquer le fait d’être nait aux Etats-Unis, le seul brin d’identité qui le tient en vie. Surtout pas avec fierté, comme on pourrait le croire en écoutant le refrain, mais plutôt avec rage, celle que Springsteen met justement dans sa voix. La colère d’un homme qui a perdu la foi dans son propre pays.

Tant Hollywood que l’artillerie lourde de l’industrie culturelle américaine nous ont habitué à des créations mainstream on ne peut plus conventionnelles et moralisantes. De ce côté de l’Atlantique, on salue et on consacre, depuis les premières révoltes des années 1960, les écrivains en dehors des sentiers battus comme Charles Bukowski, les réalisateurs comme Michael Moore, ou les musiciens engagés dans des causes humanitaires.

L’American way of life des années 1960-1970 qui avait imposé la surconsommation, la standardisation des rôles homme-femme et l’indifférence du gouvernement vis-à-vis la destruction de l’écosystème entraînera une contre-culture qui poussera toute une génération à se dissocier des masses et à se forger son propre mode de vie en marge de la société. Dans le cas de Springsteen, ce sera pointer du doigt la guerre du Vietnam avec sa chanson qui est tout, sauf un hymne patriotique.

C.A.T.

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