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DUBAI 2.0

Je suis peut-être tombée dans le camp des « has been » qui ne comprend rien au monde formidable dans lequel nous vivons ! En spectateur digital éveillé que je crois cependant être, j’avoue que la profusion d’images de promotion d’une destination est pour le moins foisonnante sur la toile. Les dernières vacances de fin d’année sont un exemple riche en enseignements, sur le glissement progressif que l’on constate en quelques mois à peine.

Comment passe-t-on du partage expérienciel à l’exhibitionnisme ?

Sachez en préambule, que vous avez à faire à l’une des fans de la première heure de Dubaï, cette destination est à bien des égards, fascinante. Presque inconnue il y a 20 ans, ce bout de désert où coulait à flots le pétrole, n’avait pas grand-chose d’attractif même pour les voyageurs en quête de nouveaux territoires. Et pourtant de cette terre à priori hostile est né un eldorado, fruit d’une volonté visionnaire pour imaginer un après-pétrole.

Depuis 20 ans, je vends Dubaï avec force et conviction, balayant toutes les objections si tenaces en leur temps : La condition de la femme dans la société, l’esclavagisme moderne, l’indécence des pétrodollars, la superficialité des lieux, l’absence d’activités, l’état policé, l’environnement bafoué…Une liste qui ne semblait jamais se tarir !

Bref, le pire était souvent énoncé, rarement balancé par ce qu’il y a d’unique à Dubaï. A l’époque Michel-Yves Labbé (Directours) était l’un des précurseurs sur le marché Français, à croire en l’émergence de ce petit territoire qui de loin pouvait donner le goût de l’Amérique version orientale.

Michel-Yves Labbé

Il me semblait moi aussi impossible de rester insensible à l’audace des lieux. L’audace d’avoir repoussé les limites du désert, l’audace architecturale, l’audace d’avoir attiré, l’air de rien, les meilleurs talents et concepts que la planète compte.

J’ai longtemps fait à des centaines d’agents de voyages des ateliers de formation, pendant lesquels de décrivais avec fougue, ce nouveau monde.

Nous étions accompagnés dans ces road shows d’évangélisation par le DTCM (OT de Dubaï) pour raconter ce Dubaï de pionniers qui voyaient déjà plus loin, plus haut. En gardien de la loi, l’OT veillait à ce que nous sortions des clichés, il était un devoir auquel je me pliais sans difficultés, pour montrer le champ des possibles pour le voyageur en quête d’étonnement de 7 à 77 ans.

 J’ai accompagné des dizaines de groupes en terre inconnue, qui même s’ils restaient parfois sceptiques quant au revers de la médaille, tous s’accordaient à dire qu’ils en avaient plein les yeux.

Et c’est là que j’en arrive à cet hiver 2020, qui devait sonner l’heure de l’ultra modernité avec l’Exposition Universelle et qui à défaut, a exhibé sous mes yeux ébahis, tous les « Beautiful People » que compte l’humanité, m’a remise à niveau jusqu’où les échancrures de maillot de bain pouvaient aller, m’a offert ce spectacle terrifiant que les influenceurs même ceux « en herbe » ont bien voulu montrer de Dubaï.

Point de photos des galeries d’art qui fleurissent dans le quartier de Bastakyia, si peu d’images du désert d’où l’on pourrait se prendre pour Lawrence d’Arabie, pas de mots sur ce nouveau centre du monde si cosmopolite…enfin, le tout sans l’émotion d’un vrai récit de voyage.

Le Dubaï 2.0 des influenceurs semble fait uniquement de bruits et de fureurs, de fêtes, de superficialité et d’exhibitionnismes outrageants car si réducteurs.

Dubaï, comme d’autres destinations prises d’assaut car tellement « instagrammables » doivent redevenir le carrefour de toutes les expressions.

Et pour ceux qui croient en un tourisme plus vertueux, n’est-ce pas là aussi notre responsabilité de remettre le vrai sujet au cœur du voyage ?

Bastakhia – Dubaï

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2 réponses sur « DUBAI 2.0 »

Ce coup de gueule est justifié, votre texte chère Nathalie est clair et précieux.
C’est une honte et pathétique en effet de voir une telle destinationriche de sens et de beauté naturelle, faire sa promotion sur l’échancrure du maillot d’une bimbo délurée…
Vivement que le responsable marketing de ce pays que nous aimons tant, change de stratégie.

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