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Le Cachemire, quelque part entre Kaboul et Katmandou

Que l’on monte des plaines de l’Inde embrasées par le soleil torride de l’été ou redescende des Pamirs glacés où « les chameaux perdus appellent à travers les nuages » une seule pensée vous vient : trouver l’oasis, or, voici la vallée du Cachemire qui s’ouvre là, devant nos yeux, voici l’oasis devenue vraie.

Le mot Cachemire évoque souvent la douceur soyeuse du « pachmina »

Cette espèce de toison laineuse des chèvres de l’Himalaya dont on tisse les célèbres châles, des châles si fins qu’on peut les passer à travers l’anneau d’une bague. Essayez ! et Écoutez-vous prononcer lentement : pachmina, Cachemire, Srinagar.

C’est par contraste avec le monde environnant que le Cachemire est un soulagement et un enchantement. Sans désert, pas d’Oasis. Les déserts de l’Iran engendrent Ispahan et ceux du Turkestan, Samarkand ; mais de telles perles se méritent. Avant de les aborder, avant de pouvoir goûter les privilèges qu’elles offrent, il faut accepter quelques efforts et sacrifices.

Venir directement de l’Europe occidentale, c’est s’exposer à quelque désillusion. Il faut d’abord, je crois, se perdre dans les cités populeuses de l’Inde innombrable, dans les temples-ville résonnant de musique bruyante, dans les pèlerinages multiples et lorsque fatigué on éprouve le besoin de se revivifier, de se restaurer et se détendre on met le cap sur cette oasis de la haute Asie. Une vallée heureuse.

Pour être précis cette vallée s’étire sur près de cent-trente kilomètres et s’étale sur une largeur d’une trentaine de kilomètres. Elle est drainée par la rivière Djeloum et ses affluents qui vont se jeter dans le Pundjab, elle-même affluent de l’Indus. Entourée de montagnes, semée de lacs, elle se situe à une altitude moyenne de mille sept cent mètres. Le sol y est fertile, produisant en abondance riz, millet, maïs et tous les fruits de nos pays.

Il faut aller se promener sur le lac Dal et découvrir les jardins flottants faits de longues bandes de roseaux entrelacés, amarrés aux quatre coins par des poteaux enfoncés dans le lit du lac : sur ces roseaux des petits tas d’herbes et de boue élevés en petits cônes produisent avec vigueur non seulement choux, tomates, carottes, concombres mais aussi  des pastèques, et des potirons.

Semé de jardins flottants de lotus et d’îlots peuplés d’oiseaux le lac Dal s’allonge tel un miroir qu’encadrent les Himalayas . Des chikaras maniés à la pagaie, en forme de cœur transportent des couples d’amoureux.

Ce n’est pas l’une des moindres surprises après avoir gravi les cols de la montagne, de découvrir un pays de bateaux et de bateliers. Srinagar est une sorte de Venise himalayenne construite en bois de part et d’autre de la Djeloum qui serpente entre neuf ponts rustiques. Ces ponts, désignés par des numéros, représentent des points de repère importants, puisque les différents quartiers de la ville se situent par rapport à eux. Par exemple le bazar des argentiers et des sculpteurs sur bois se trouve entre le quatrième et le cinquième pont et le bazar des fourreurs entre premier et le second.

Les maisons de Srinagar construites en bois, ont souvent plusieurs étages. Celles qui bordent la rivière possèdent des balcons et des pignons à moucharabiehs. Les portes sont magnifiquement sculptées, de véritables dentelles. Sur les toits en pente couverts de terre, poussent herbes et fleurs qui ajoutent une gaieté rustique au charme de la cité.

La vallée heureuse était un vaste lac de montagne dont les eaux furent partiellement drainées ; aujourd’hui encore, elle est sillonnée de voies d’eau sur lesquelles circule sans cesse un grand nombre d’embarcations à fond plat, de toutes tailles et de toutes sortes, que l’on hâle ou que l’on manie à la perche ou à la pagaie.

Le gouvernement du Maharadjah n’autorisant pas les étrangers à construire ou à posséder des maisons au Cachemire, certains trouvèrent le moyen de tourner cette loi en créant des bateaux-maisons à la manière indigène ; cette idée se propagea très vite et les fonctionnaires britanniques construisirent des modèles confortablement meublés et équipés.

Le visiteur aujourd’hui a le choix entre l’hôtel traditionnel ou ces célèbres « house-boats ». Ils se présentent tous de la même façon : construits en bois de cèdre (l’odorant cèdre de l’Himalaya) intimes, cossus, magnifiquement meublés avec salon typiquement britannique et salle à manger victorienne, mais dont les plafonds sont faits de minuscules mosaïques de bois artistiquement assemblées en motifs géométriques, à l’arrière deux ou trois chambres à coucher possédant chacune sa salle de bain ; au centre un office et un escalier conduisant à une terrasse pour les bains de soleil. A chaque bateau-maison sont attachés un bateau-cuisine et un « chikara », embarcation légère : il suffit d’un geste pour que celui-ci vous emmène où que vous voulez, selon votre bon plaisir. Comme si vous étiez devenu un nabab.

Vous n’avez pas à vous soucier des achats, vous pouvez même éviter de vous rendre au bazar puisque c’est le bazar qui vient à vous. Le premier commerçant à se présenter le matin est le marchand de fleurs que l’on reconnaît à son chant mélodieux : voici des jasmins, des jacinthes et des roses. Puis se succèdent le marchand de fruits, le laitier et le boulanger-pâtissier ; de temps en temps passe le barbier. L’après-midi toutes les productions de l’artisanat défilent devant vous. Il y a là des châles merveilleux, des tapis, des objets de bois sculpté et de papier mâché, des broderies et des soieries, mais aussi des fourrures, de l’argenterie, des pierres semi-précieuses, des couvertures de voyage, des tissus de laine et des « namdas » (tapis de feutre).

J’ai découvert Srinagar en grimpant sur la colline baptisée par les musulmans « trône de Salomon » et appelée par les indiens « colline de Chankaratcharuja » du nom du temple élevé au sommet et dédié au Seigneur Shiva. On domine toute la vallée entourée des plus hauts sommets dont la Panga Parbat un des géants de l’Himalaya.

Dans le domaine architectural j’ai visité quelques mosquées qui méritent attention : Chah Hamdan, bâtie entièrement en bois, comporte de belles portes et fenêtres sculptées.

Hazrate Bal qui conserve un cheveu du prophète et où les foules musulmanes se rassemblent chaque vendredi pour la prière.

Shah Jahan

A quelques kilomètres de la ville se trouve la source royale «Tchechma Chahi »avec un jardin à trois étages dessiné par Chah Djahan. Nichate Bagh, les jardins du plaisir qui escaladent à partir du lac Dal une colline au moyen de terrasses riches de fontaines et de parterres de fleurs, le jardin de la brise dessiné par Akbar le grand, lui-même. Mais surtout les jardins de Chalimar conçus par Djahangir comme demeure d’amour pour lui et sa belle Nour Djahan (lumière du monde) avec un pavillon, des terrasses et des sycomores magnifiques.

J’ai compris aussi que le Cachemire où les pagaies des chikaras sont en forme de cœur est aussi le pays pour une lune de miel.

En écoutant les musiciens virtuoses du Santou (Cithare) les troubadours et les conteurs, je me suis attendri sur l’histoire de Leïla et Madjoun et j’ai ri à celles de Birbal et Mollah les bouffons d’Akbar.

Jacques Baschieri dit Vinicius

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2 réponses sur « Le Cachemire, quelque part entre Kaboul et Katmandou »

Quelle joie cet article ! A chaque fois que je me rendais au Ladakh avant que les liaisons aériennes existent de Delhi a Leh, il fallait passer par Srinagarar. Mais même avant l’ouverture du Ladakh j’avais déjà visité le Cachemire dès les années 75. Une merveille. J’avais envoyé René Barjavel sur un House boat pendant un mois.. Il y a écrit le roman ” les dames à la Licorne” avec Olanka de Veer. qu’il m’a dédicacé à sa parution le 3 mai 1979.(je viens de le retrouver) .Pour ma part, Je preferais sejourner sur les House boats du lac Nagin, un peu a l’écart mais tellement tranquille..je crois que ma passion pour l’ornithologie est née au Cachemire. Merci Jacques Baschieri ❤️

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