3 mars, 2024
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Dans les forêts de Sibérie – Sylvain Tesson

Sylvain Tesson, écrivain-voyageur, avait trouvé dans la marche un moyen pour ralentir le temps. Mais ces voyages commençaient en fuite et se terminaient en course-poursuite contre les heures.

      D’un bref séjour sur les bords du lac Baïkal, deux ans auparavant, Sylvain Tesson comprend que c’est cette vie qu’il lui faut : « Il suffisait de demander à l’immobilité ce que le voyage ne m’offrait plus : la paix ». Dans une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal l’auteur vivra, en 2010, six mois d’hiver en ermite. Enfin un ermite bien équipé, voir la liste du matériel page 28 et 29, sans oublier la provision de cigares et de vodkas pour tenir 6 mois, ni le téléphone satellitaire. Il emporte également soixante-dix livres : sa bibliothèque idéale : « Quand on se méfie de sa pauvreté intérieure, il faut emporter de bons livres ; on pourra toujours remplir son propre vide ».

Sylvain Tesson – Photo de Francesca Mantovani

     Sous la forme d’un journal, Sylvain Tesson conte par le détail sa vie quotidienne d’homme des bois solitaire et nous fait part de ses réflexions sur les conditions de l’homme dans notre monde contemporain.  Le tout agrémenté de citations d’une foule d’auteurs, romanciers, philosophes…

     Il y a dans ce livre une grande filiation avec Michel Houellebecq. Outre l’alcool, ici la vodka est omniprésente à chaque page, Sylvain Tesson développe une apologie de la décroissance : nous ne pouvons continuer une croissance infinie dans un monde aux ressources raréfiées nous devrions ralentir nos rythmes, baisser nos exigences, lire Sénèque plutôt qu’engloutir des cheeseburgers. Comme les héros de Houellebecq Tesson est mal dans son époque : la ruée vers le laid fut le principal phénomène de la mondialisation…Le mauvais goût est le dénominateur commun de l’humanité.

     Sylvain Tesson souligne la part transitoire des constructions humaines face à la nature : « Les villes sont des expériences provisoires que les forêts recouvriront un jour…Un jour l’histoire se retourne et les arbres repoussent. »

     Dans cette nature démesurée Sylvain Tesson cherche une vérité. C’est à cette quête quotidienne, embuée de vapeurs de vodka que l’auteur nous entraine tout au long de ce journal. Peut-on se supporter soi-même ? Qui suis-je un pleutre affolé par le monde, reclus dans une cabane qui s’alcoolise pour ne pas assister au spectacle de son temps ? Certainement un peu. Tesson s’interroge sur cette foi en un Dieu extérieur à sa création. Lui n’est pas un ermite mystique qui cherche à disparaitre du monde, non il est un ermite de la forêt qui veut se réconcilier avec lui-même. Mais un ermite n’a pas de téléphone satellitaire qui vous rattrape pour votre plus grand malheur. Tesson a oublié que la sobriété de l’ermite est de ne pas s’encombrer d’objets, ni de semblables. Qu’il est dur alors le huis clos face au chagrin. Heureusement Aïka et Bêk ses deux chiens seront ses consolateurs.

     Sylvain Tesson quitte au printemps le lac, certains de revenir, mais depuis…la vie l’a rattrapé du haut d’un toit.

     Que reste-t-il de ce voyage immobile ? Sylvain Tesson n’a nui à aucun être vivant de cette planète. Ne pas nuire. C’est déjà ça.

     Jean- François Colonna – Avril 2021

     Sylvain Tesson Dans les forêts de Sibérie – Folio – 290 pages

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