3 mars, 2024
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Sommet de Belém: sur la déforestation en Amazonie, il faudrait plutôt « reboiser les esprits »

Les dirigeants des huit pays qui hébergent la forêt amazonienne se sont réunis cette semaine pour la première fois au Brésil afin de promouvoir une sorte d'”OTAN” de l’Amazonie. La réunion des 8 et 9 août dans la ville de Belém -à l’embouchure du plus long fleuve de la Terre-, était attendue depuis longtemps. Ils ont exposé leurs plans pour parvenir à un large accord sur des questions allant de la lutte contre la déforestation au financement du développement durable.

Une solution? Le tourisme éducatif
Une solution? Le tourisme éducatif

Pourquoi le nord du Brésil?

Belém est la capitale de l’état du Pará, et le deuxième plus grand de l’Amazonie brésilienne. Madame Puyr Tembé, le secrétaire pour les Peuples Indigènes du Pará, a déclaré que “le fait que le sommet de l’Amazonie se tienne ici est un bon signe, car c’est une bonne occasion pour les indigènes, tant du Pará que de toute l’Amazonie, de se faire entendre et de montrer leur présence et leur importance pour cette région”.

Mme Puyr Tembé: "reboiser les esprits"
Mme Puyr Tembé: “reboiser les esprits”

Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a déclaré mardi 8 que les dirigeants de l’Organisation du traité de coopération amazonienne (ACTO) souhaitaient développer une politique commune pour protéger la forêt tropicale. Les huit pays (Brésil, Bolivie, Colombie, Guyane, Pérou, Venezuela, Équateur et Suriname) sont membres de l’Organización del Tratado de Cooperación Amazónica (OTCA), la seule organisation sociale et environnementale intergouvernementale d’Amérique latine.

Lula veut se mettre en première ligne

Le président brésilien Lula s’était engagé lors de la campagne électorale de l’année dernière à convoquer le sommet, dans le cadre de sa tentative de restaurer le leadership environnemental du Brésil après la montée en flèche de la déforestation sous son prédécesseur Jair Bolsonaro.

Lula da Silva et le "double discours" de la gauche latino-américaine...
Lula da Silva et le “double discours” de la gauche latino-américaine…

Mais la possibilité de parvenir à un accord sur la fin de la déforestation d’ici 2030 dépend surtout de la Bolivie, où les dégâts ont récemment augmenté en raison des incendies et de l’expansion rapide de l’agriculture. L’accord est également susceptible de définir des réseaux pour le partage de la technologie et la modalité d’échange des meilleures pratiques entre les diverses municipalités des pays comcernés.

Ce qui est en jeu

Le fléau de la déforestation a détruit près de 20 000 kilomètres carrés de végétation en 2022, et c’est un problème qui reste latent et que les huit pays qui se partagent cette zone bioclimatique cherchent à enrayer par un effort conjoint.

Rien que l’année dernière, cette catastrophe naturelle a augmenté de 21% par rapport à 2021, le chiffre le plus élevé depuis 2004, selon les données du Andean Amazon Monitoring Project. La plus grande dévastation s’est produite au Brésil (72,8%), suivie de celle en Bolivie (12,4%), au Pérou (7,3%) et en Colombie (4,9%).

Le sommet a pour but un pacte régional pour arrêter la déforestation d’ici 2030, évoquer la fin de l’extraction illégale d’or et coopérer sur la criminalité environnementale. Les dirigeants l’ont annoncé lors de l’accord final, connu sous le nom de Déclaration de Belém, constant de 113 points.

La plupart des présidents étaient présents, tandis que les dirigeants de l’Équateur, du Surinam, et de la Guyane étaient représentés par des membres de leurs gouvernements. Grand absent aussi le président du Venezuela, Nicolás Maduro. Selon la CNN, Lula aura un entretien privé avec le dictateur. La réunion devrait avoir lieu à l’hôtel où Lula séjourne à Belém, qui accueille cette semaine les réunions du sommet.

Le commerce illégal du bois

Dans le cas de l’exploitation forestière illégale, une partie de l’argent obtenu de sa vente finance de nouvelles exploitations illégales. C’est un cercle vicieux qui semble sans fin.

Parce qu’il possède la plus grande superficie de la région amazonienne (60%), le Brésil est en tête des chiffres de déforestation pour ce biome. Rien que dans ce pays, 1,5 million d’hectares de forêts tropicales ont été détruits en 2022, soit près de la moitié de la déforestation mondiale de l’année dernière.

L’exploitation forestière illégale, qui est effectuée dans des zones publiques non contrôlées ou dans des zones privées qui dépassent les limites autorisées, affecte également des lieux protégés, tels que les territoires indigènes et les unités de conservation de l’environnement, où l’exploitation forestière est interdite.

Pour le secrétaire des Peuples Indigènes, la meilleure façon de mettre fin à la dévastation du biome est de “reboiser les esprits”. “Le défrichement a un impact sur le fleuve, sur les changements climatiques, sur la vie professionnelle et culturelle de la communauté, et quand il affecte tout cela, il touche également la société en général”, a déclaré le secrétaire Tembé lors d’une rencontre avec des journalistes étrangers à Belém.

Tembé a souligné que la nature doit être préservée, mais que cette lutte doit avoir lieu avec la participation de tous, en sensibilisant et en favorisant le soin du biome, à travers des activités telles que le tourisme éducatif et la participation active des communautés autochtones et de tous les membres de la société.

Quid de l’exploitation pétrolière? A chacun sa version… et ses intérêts!

La polémique sur le pétrole n’était pas absente au premier jour du sommet dans l’aile “progressiste” amazonienne, c’est-à-dire les pays avec des gouvernements de gauche comme le Vénézuela, la Colombie, le Pérou et la Bolivie, mais aussi le Brésil, qui a un double discours. Le Pérou, l’Équateur et la Guyane exploitent depuis des décennies du pétrole brut en territoire amazonien.

Le président colombien Petro est un fervent partisan de l’interdiction de l’exploitation pétrolière et gazière dans la région, l’un des points qui génère le plus de controverses parmi les pays du bloc, dont le Brésil, au-delà de l’impulsion que Lula a donnée à la défense de l’environnement et à la lutte contre la déforestation. En effet, les affrontements sont vifs au sein du gouvernement brésilien après l’annonce par la société d’état Petrobras d’un plan de forage de puits de pétrole brut de haute qualité au large de l’embouchure du fleuve Amazone, dans l’Atlantique.

Petro fait pression sur le Brésil, sans succès, afin que Lula se positionne contre l’exploitation pétrolière en Amazonie: « Dans son discours, Lula n’a pas abordé cette question, qui est le talon d’Achille de son gouvernement. Il est frustrant qu’il n’ait pas le courage de se prononcer sur ce point. Il reste muet un sujet de la plus haute importance ».

Conclusion: pas vraiment de mesures claires pour la déforestation
Dans son article 45, la déclaration établit une “alliance amazonienne pour lutter contre la déforestation” afin d’empêcher que ce fléau atteigne le point de non-retour, mais laisse les États libres de définir leurs propres objectifs nationaux. Les huit pays ne sont donc pas parvenus à établir un objectif commun; au lieu de cela, ils ont créé une “alliance amazonienne” pour lutter contre l’abattage illégal d’arbres.

Pas d’objectif commun… mais plutôt une demande urgente de financement auprès des pays riches!
Parmi les points convenus, le sommet a exhorté les nations les plus développées à respecter leur engagement de financer l’entretien de la forêt, adopté dans divers forums mondiaux et qui se traduirait par le paiement de 100 000 millions de dollars par année dans la finance climatique.

Dans la déclaration, les membres de l’ACTO ont également invité les banques de développement de la région à former une coalition verte qui promeut des solutions financières qui améliorent les solutions de développement durable dans la région.

Mis a part les fonds en provenance de la France (pour la Guyane) l’Allemagne et la Norvège, tous trois contributeurs au Fonds Amazonie qui promeut des projets durables dans la région, les huit pays membres ont également convenu de créer un fonds destiné à recevoir des dons internationaux pour financer des projets de développement durable dans la plus grande forêt tropicale du monde.

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