3 mars, 2024
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Argentine, le pays soldé qui attire les touristes…

L’Inprotur, l’organisation de promotion du tourisme argentin, était présente cette année au salon IFTM à Paris. Selon leurs statistiques, la France représente le deuxième marché européen de l’Argentine, derrière l’Espagne: environ 80 000 Français se seraient donc rendus dans la destination sud-américaine au cours des neuf premiers mois de 2023.

Voici donc ces fonctionnaires arrivés de loin en quête de plus de visiteurs via la campagne Visit Argentina qui met en avant la diversité géographique et les contrastes entre nord et sud d’un pays très étendu. Au programme, l’écotourisme avec un itinéraire de plus de 150 destinations à travers tout le pays, consultable sur le site officiel La Ruta Natural.

En outre, Michelin a annoncé cette année l’arrivée d’un guide du pays en tant que destination gastronomique. Les inspecteurs présenteront leur première sélection de restaurants pour la ville de Buenos Aires et la province de Mendoza le 24 novembre prochain.

Voilà à peu près ce qu’on peut retenir de la communication officielle que le pays a assuré jusque là en France. Mais la véritable raison du soi-disant engouement pour la destination est à chercher plutôt du côté du bas coût de la vie, d’un euro fort et d’un péso totalement déprécié. Vendredi 13 octobre, le taux échange était à 1020 pesos pour un euro, tandis que 1 € valait environ 400 pesos en janvier dernier.

L’inflation devient totalement incontrôlable et le péso dévalué attire les touristes

La Banque centrale d’Argentine a relevé jeudi dernier les chiffres de l’inflation de septembre, qui a touché le plafond de 12,7 % par mois et de 138 % par an. Cela a aggravé la hausse des prix, engloutissant les salaires et l’épargne, et poussant deux Argentins sur cinq sous le seuil de pauvreté. Une enquête menée par la même Banque centrale auprès des analystes a montré que l’inflation atteindrait 180 % à la fin de l’année.

Concernant les pays d’origine des touristes étrangers ayant visité l’Argentine cette année, arrivent en tête ceux des pays frontaliers -Uruguay, Brésil et Chili-, suivi des visiteurs des États-Unis grâce aux nombreuses liaisons aériennes, notamment entre Miami et Buenos Aires.

Face à un tel tableau, une question nous taraude: peut un pays au bord de la faillite se permettre une présence dans les foires internationales de tourisme? Regardons maintenant de plus près quel est le contexte politique qui encourage les voyages des fonctionnaires argentins à l’étranger…

Des élections présidentielles qui ne laissent présager rien de bon…

Depuis sa création, il y a 70 ans, le péronisme est le parti dominant en Argentine et compte des présidents très divers, selon les différentes exégèses de la doctrine du Général Perón – un grand ami de Franco-, dont le sens et la portée sont interprétables selon les volontés des “compañeros” au pouvoir. Le “parti des travailleurs” a néanmoins eu des caractéristiques constantes à travers ses divers représentants: la mystique et la obéissance aveugle de ses militants (on retrouve toujours la rhétorique militaire et catholique de Perón, résolument de droite), le syndicalisme corporatiste et l’autoritarisme.

Suite à la crise de gouvernance en 2001, le courant “kirchneriste” du péronisme (du nom de Néstor Kirchner et de son épouse Cristina Fernández) s’est installé de maniere quasi régulière a la Maison Rose, le siège de Exécutif, en revendiquant à outrance les concepts de « peuple » et de « patrie » qui signifiaient quelque chose sous les mandats de Perón au milieu du XXe siècle, mais plus dans le monde globalisé actuel. Le kirchnerisme s’est constitué comme une gauche populiste qui a reinterpreté et raconté de façon biaisée l’histoire de la dictature militaire et de la jeune démocratie, tout en générant un modele d’État gigantesque, non finançable, qui a détérioré toutes les variables macroéconomiques et sociales.

À une semaine des élections présidentielles, les observateurs prévoient une lente mais certaine fin politique à la veuve Kirchner, qui fait face à des multiples procès de corruption allant des détournements d’énormes fonds publiques au népotisme, en passant par des prête-noms et des magistrats soudoyés. Les malversations et les abus de pouvoir commis par la veuve et ses acolytes restent toujours impunis et attisent le mécontentement social, canalisé désormais par un candidat au discours pour le moins revanchard, mêlant ultra-libéralisme et messianisme: Javier Milei. On le compare souvent à Bolsonaro ou à Donald Trump, dont il se dit grand admirateur…

Le futur ne s’annonce pas très prometteur dans un pays qui compte désormais 18 millions de personnes sous le seuil de pauvreté, où l’insécurité atteint des chiffres records. Il faudrait peut-être s’attendre à un miracle de la part de François, le pape péroniste qui demande à ses fideles de “prier pour lui”? Autrement, on peut toujours avoir recours à la mythologie nationaliste qui a érigé Evita et Maradona au statut des saints… du peuple!

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