Le Réseau des Grands Sites de France poursuit son maillage territorial avec l’officialisation de plusieurs étapes majeures. Entre nouveaux projets de labellisation, arrivées stratégiques au sein du réseau et préparation de ses rencontres annuelles, l’institution réaffirme son ambition : concilier la protection de paysages d’exception, la maîtrise de la fréquentation touristique et la qualité de vie des habitants.
Bonifacio et le Havre du Payré en route vers le label
Deux sites emblématiques franchissent une étape décisive en devenant officiellement Projets Grands Sites de France, première marche vers l’obtention du label national attribué par le ministère de la Transition écologique.
- Le Havre du Payré (Vendée) : Portée par le Département de la Vendée, les communes de Talmont-Saint-Hilaire et de Jard-sur-Mer, ainsi que la Communauté de Communes Vendée Grand Littoral, la candidature a reçu un avis favorable de la Commission Supérieure des Sites, Perspectives et Paysages. Ce territoire protégé depuis 1976 pour ses richesses naturelles mêlant eau, terre et mer s’engage ainsi dans un programme d’actions d’envergure.

- Bonifacio (Corse) : À l’extrême sud de l’île, la cité des falaises calcaires accueille chaque année près de 2 millions de visiteurs. Face à cette forte fréquentation estivale, la commune s’engage dans la démarche pour garantir la préservation de ses paysages uniques — incluant l’archipel des Lavezzi — tout en structurant l’accueil du public et en protégeant le cadre de vie des résidents.
Le Département du Gard rejoint le Réseau et accueillera l’événement 2026
Le Département du Gard intègre officiellement le collège « Grandes collectivités » du
Réseau, aux côtés de l’Hérault et du Puy-de-Dôme. Fort de sites remarquables déjà engagés (Cirque de Navacelles, Gorges du Gardon, Camargue gardoise) et gestionnaire de plus de 4 500 hectares d’Espaces Naturels Sensibles, le Gard s’impose comme un acteur clé de la transition écologique territoriale.
Le département hôte se prépare par ailleurs à accueillir les Rencontres annuelles du Réseau du 13 au 15 octobre 2026. Cet événement, qui rassemblera près de 250 élus, experts et professionnels à Nîmes, sera consacré cette année à une thématique centrale : la place des habitants dans la gestion des Grands Sites.
Gergovie et les sites arvernes : Vers une dynamique associée
Dans le Puy-de-Dôme, le plateau de Gergovie — haut lieu de la bataille de 52 av. J.-C. et carrefour d’un patrimoine archéologique et paysager exceptionnel — devient membre associé du Réseau. Cette étape intermédiaire marque la volonté du territoire de s’engager à son tour dans la démarche officielle pour briguer le label Grand Site de France.
Le paradoxe de l’attractivité face au défi de l’habitabilité
L’élargissement continu du Réseau des Grands Sites de France — qui fédère désormais des millions de visiteurs à travers l’Hexagone — met en lumière une mutation profonde de la gouvernance touristique. À l’heure où les pics de fréquentation menacent l’équilibre des écosystèmes littoraux comme insulaires, la stratégie de labellisation ne relève plus seulement de la contemplation esthétique, mais d’une ardente nécessité opérationnelle.
En plaçant les habitants au cœur de ses prochaines rencontres à Nîmes, le Réseau s’attaque au angle mort du tourisme de masse : la légitimité sociale des territoires accueillants. Car un paysage protégé perd son âme s’il se vide de ceux qui le font vivre au quotidien. La véritable performance des nouveaux candidats comme Bonifacio ou le Havre du Payré ne résidera pas dans leur capacité à attirer davantage de flux, mais bien dans leur aptitude à réguler, tempérer et redistribuer la valeur du tourisme au profit de la communauté locale. En somme, le label Grand Site de France ne vend plus du rêve brut ; il vend la promesse d’une résistance intelligente face à l’usure du monde.



