18 octobre, 2026
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Hong Kong Airlines met le cap sur Belgrade et Zagreb

Le redéploiement international des transporteurs asiatiques franchit une nouvelle étape stratégique vers l’Europe centrale et orientale. En ce mois d’octobre 2026, la compagnie Hong Kong Airlines sécurise auprès de l’Autorité des licences de transport aérien de Hong Kong (ATLA) les approbations réglementaires lui permettant d’exploiter des vols réguliers vers Belgrade, en Serbie, et Zagreb, en Croatie.

Intégrée à une vaste révision de sa licence d’exploitation couvrant l’Europe, l’Asie, l’Afrique, les Amériques et l’Australie, cette autorisation administrative accorde au transporteur le droit d’opérer des services passagers, cargo et postaux sans aucune restriction de fréquence jusqu’au 24 mars 2028. Dans le même sillage, la compagnie obtient des permis similaires pour desservir Bucarest et Budapest, dessinant les contours d’une potentielle offensive sur le flanc sud-est du Vieux Continent.

Une manœuvre réglementaire entre agilité opérationnelle et appétits cargo

Dans les arcanes de l’aviation civile, l’obtention de droits de trafic ne rime pas systématiquement avec l’ouverture immédiate des réservations commerciales. Les compagnies aériennes constituent régulièrement un portefeuille étendu de routes autorisées afin de se ménager une flexibilité opérationnelle maximale et de pouvoir dégainer rapidement face aux opportunités de marché. Toutefois, cette démarche de Hong Kong Airlines s’inscrit dans un contexte institutionnel particulièrement offensif. Le gouvernement de la région administrative spéciale — par la voix de son secrétaire aux Finances Paul Chan Mo-po et dans le cadre de son premier plan quinquennal soutenu en septembre 2026 — exhorte activement les transporteurs locaux à étendre leur maillage international pour consolider le statut de « super-connecteur » mondial de l’aéroport international de Hong Kong (HKIA), désigné quatrième meilleur aéroport au monde par Skytrax en 2026.

Surtout, l’intérêt du groupe pour la zone balkanique et danubienne se matérialise déjà dans les soutes. Sa filiale spécialisée dans le fret, Hong Kong Air Cargo, créée en avril 2017, intègre explicitement les aéroports de Belgrade (BEG) et de Budapest (BUD) dans son programme de vols charters long-courriers pour la période courant de septembre à décembre 2026, aux côtés de Londres-Stansted et Prestwick. Exploités à l’aide d’Airbus A330-200F et A330-200P2F offrant une capacité d’emport de 60 tonnes nettes, ces ponts aériens répondent à l’explosion des flux logistiques et du commerce électronique entre le delta de la rivière des Perles et l’Europe centrale.

Belgrade et Zagreb, nouveaux épicentres des convoitises asiatiques

Hong Kong Airlines met le cap sur Belgrade et Zagreb

Le ciblage de la Serbie et de la Croatie ne doit rien au hasard : les deux capitales ex-yougoslaves suscitent un intérêt croissant de la part des opérateurs d’Extrême-Orient. Jusqu’en 2024, Hong Kong figurait en tête des marchés asiatiques non desservis au départ de Belgrade — plateforme gérée par le concessionnaire français VINCI Airports —, avant que l’ouverture de la ligne vers Canton (Guangzhou), métropole située à seulement 120 kilomètres au nord-ouest de Hong Kong, ne vienne capter une partie de la demande. En cet automne 2026, la connectivité sino-serbe bat son plein : Air Serbia exploite désormais cinq destinations long-courriers (New York JFK, Chicago O’Hare, Toronto, ainsi que Canton et Shanghai inaugurée en janvier 2025) et vient de sceller, en septembre 2026, un accord de partage de codes stratégique avec China Southern Airlines. Pour Hong Kong Airlines, l’enjeu consiste à capter non seulement le trafic point à point, mais aussi les flux à haute contribution financière en correspondance depuis l’Australie, Taïwan, le Japon et l’Asie du Sud-Est.

Du côté croate, la diplomatie économique s’active tout autant pour rétablir les ponts aériens directs. L’ambassade de Croatie en Chine a récemment mené des pourparlers officiels avec la compagnie rivale Cathay Pacific — qui détient également des permis valides pour desservir Zagreb et Belgrade, et ambitionne d’atteindre 150 destinations mondiales — en vue d’instaurer des liaisons saisonnières. Le ministère croate des Affaires étrangères et européennes souligne que de tels vols depuis Hong Kong représentent une première étape logique : avant la crise sanitaire, la Croatie accueillait chaque année près de 40 000 visiteurs en provenance de Hong Kong, contre environ 10 000 aujourd’hui, laissant entrevoir un gisement de croissance touristique considérable.

D’un opérateur d’hélicoptères au géant régional : les montagnes russes historiques

Hong Kong Airlines met le cap sur Belgrade et Zagreb

Cette velléité d’expansion européenne couronne la trajectoire mouvementée d’une compagnie habituée aux métamorphoses. Fondée le 28 mars 2001 par l’homme d’affaires Robert Yip sous le nom de CR Airways, l’entreprise débute ses opérations commerciales en 2002 avec un simple hélicoptère Sikorsky S-76C+ de douze places — devenant le premier opérateur d’hélicoptères certifié depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine —, avant d’acquérir des biréacteurs régionaux Bombardier CRJ200 et CRJ700 pour assurer des vols charters vers les Philippines (Laoag) et le Cambodge (Siem Reap).

Le destin du transporteur bascule en 2006 lorsque le conglomérat Hainan Airlines (groupe HNA) et l’entrepreneur Mung Kin-keung prennent le contrôle du capital. Rebaptisée officiellement Hong Kong Airlines à l’automne 2006, la société adopte le code AITA « HX » et pare ses dérives de la fleur de bauhinia, emblème de la cité. Dès juin 2007, elle signe une commande historique de 51 appareils auprès d’Airbus pour 5,6 milliards de dollars. L’expansion s’accélère entre 2010 et 2018 : ouverture de Moscou en 2010, tentative audacieuse mais éphémère d’une liaison quotidienne 100 % classe affaires (34 lits plats Club Premier et 82 sièges Club Classic) vers Londres-Gatwick en Airbus A330-200 en 2012, puis réception de ses premiers Airbus A350-900 en septembre 2017 pour concurrencer frontalement Cathay Pacific sur Los Angeles, San Francisco et Vancouver, tout en inaugurant son salon VIP Club Autus à HKIA.

Ce rêve intercontinental se heurte toutefois dès 2018 à une crise financière aiguë. Fragilisée par les déboires de sa maison mère HNA, une série de démissions au sein de son conseil d’administration, la guerre commerciale sino-américaine et les manifestations de 2019 à Hong Kong, la compagnie frôle la faillite. Contrainte d’abandonner toutes ses lignes long-courriers en février 2020 et de céder ses A350, elle subit de plein fouet la pandémie de Covid-19 : licenciements massifs, suppression temporaire des services à bord et immobilisation complète de sa flotte d’Airbus A320 en juin 2021, ne laissant plus que huit A330 en vol principalement dédiés au cargo.

La renaissance sous l’ère Fangda et le retour des ambitions long-courriers

Sauvée de la disparition grâce à une restructuration drastique et à son intégration en 2021 au sein du puissant conglomérat industriel Liaoning Fangda Group, Hong Kong Airlines affiche en 2026 une santé opérationnelle retrouvée. Sous l’impulsion de ses dirigeants Jeff Sun et Yan Bo, la compagnie a tourné la page de l’ère HNA en dévoilant une nouvelle livrée mettant en valeur une fleur de bauhinia épanouie et en reconstruisant méthodiquement sa flotte. Tombée à 21 avions au creux de la crise, celle-ci aligne désormais plus de 30 appareils 100 % Airbus (A320, A321 et gros-porteurs A330 équipés de sièges-lits inclinables à 180 degrés en classe affaires et d’écrans individuels en classe économique), tout en étudiant l’intégration de Boeing 787 issus de Hainan Airlines et d’avions chinois Comac C919.

Après avoir rétabli son réseau régional en Asie-Pacifique (Tokyo, Osaka, Bangkok, Denpasar, Taipei, Hakodate ou encore les Maldives), le transporteur a signé son grand retour sur le long-courrier dès janvier 2025 en relançant ses vols vers Gold Coast en Australie et Vancouver au Canada. Cette montée en puissance s’est confirmée au second semestre 2025 avec l’ouverture d’Urumqi dans le Xinjiang en août, suivie en décembre 2025 par le lancement d’une desserte tri-hebdomadaire vers Melbourne en Airbus A330. Adossée à ses filiales SATS HK (assistance en escale) et HKA Holidays, ainsi qu’au programme de fidélité Fortune Wings Club, la compagnie dispose désormais des reins suffisamment solides pour préparer son retour sur le théâtre européen.

L’attribution de ces nouveaux droits de trafic vers l’Europe centrale et balkanique illustre le basculement géopolitique du transport aérien mondial vers des hubs secondaires agiles, capables de capter les flux eurasiatiques sans subir la saturation ni les contraintes réglementaires des grandes métropoles d’Europe de l’Ouest. Dans les années à venir, la rentabilité de ces nouvelles routes intercontinentales reposera sur une hybridation étroite des modèles d’exploitation, où la haute contribution du fret aérien et du commerce électronique transfrontalier sécurisera l’équilibre financier des lignes avant même la pleine maturité de la demande touristique. Pour les compagnies de Hong Kong comme pour les opérateurs européens, l’enjeu majeur consistera à transformer ces têtes de pont balkaniques en véritables plateformes d’éclatement multimodales, aptes à séduire aussi bien la clientèle d’affaires que les voyageurs en correspondance depuis l’Asie du Sud-Est et l’Océanie. Enfin, la course aux capacités long-courriers imposera aux transporteurs asiatiques restructurés une discipline financière de fer face à la volatilité du coût du kérosène et aux tensions d’approvisionnement en avions gros-porteurs, condition indispensable pour ne pas reproduire les crises de surcapacité de la décennie écoulée.

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