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10 Downing Street, colosse aux pieds d’argile ?

La célèbre porte noire qui donne accès a l’une des adresses les plus connues du royaume d’Outre-manche cache bien ses secrets de construction. Cette résidence officielle du premier ministre britannique est située sur la rue Downing, au cœur de Londres, dont l’histoire du nom remonte à la première moitié du XVIIe siècle, c’est-à-dire à l’époque de Cromwell et de l’un de ses fidèles espions et diplomate, George Downing, qui fit bâtir dans cette rue une rangée de maisons conçues par l’architecte Christopher Wren.

Le baronet, futur chevalier Downing, fut en quelque sorte un précurseur de la spéculation immobilière dans la capitale, car il acheta les parcelles sud proches du parc St James, non loin du Parlement, afin de vendre des habitations de piètre qualité à des gens fortunés qui cherchaient à s’établir dans le centre et doubler ainsi la mise. Olivier Cromwell y vécut lui-même au numéro dix, puis la maison passa aux mains de la Couronne qui y installa certains de ses fonctionnaires comme Robert Walpole, le premier Premier Ministre de l’histoire du Royaume-Uni, dont les archives historiques témoignent de ses plaintes auprès du roi George II à cause du mauvais état de la maison au N°10 car elle est construite sur un sol marécageux.

En 1735, Walpole déménage dans cette bâtisse qu’il fait agrandir en adjoignant les maisons voisines, confiant le chantier à l’architecte William Kent  qui projette une grande structure de soixante petites pièces sur deux étages en connectant les maisons à travers un long couloir au rez-de-chaussée et d’un escalier rendu célèbre grâce à son mur qui sera ensuite décoré avec les portraits de tous les Premiers Ministres de Walpole à nos jours.

Cependant, pendant les XVIIIe et  XIXe siècles, les occupants successifs se plaignent du fait que la propriété est peu fonctionnelle et confortable et entament des réparations et des reconstructions successives, notamment sur la façade et les fondations. En 1722, l’architecte Kenton Couse complète les travaux en donnant à l’ensemble, et surtout à la façade, un style géorgien plus élégant, tel qu’on le connaît aujourd’hui. Dans les siècles suivants, cette résidence a été maintes fois remaniée à grands frais de l’Etat, afin d’améliorer ce qui se trouve être, à l’origine, un défaut structurel de construction. La presse du début du XIXe siècle s’en mêle pour critiquer le coût exorbitant des reconstructions et des améliorations, quand cela aurait été bien plus économique de faire bâtir une nouvelle résidence sur des bases plus saines.

Au début du XXe siècle, les événements politiques, économiques et sociaux imposèrent un changement d’usage : désormais, le numéro 10 sera un bureau de travail et non une résidence avec du personnel, avec juste un petit appartement destiné au Premier Ministre. Mais c’est finalement dans les années 1950, suite à des effondrements qui mirent en danger l’intégralité de la structure, qui fut décidé de démolir l’intérieur de la bâtisse, de la reconstruire entièrement avec des matériaux solides comme l’acier et le béton, et ne garder que la très symbolique façade et la porte en noir brillant.

Pour approfondir les données sur l’incroyable destinée de cette institution gouvernementale, on vous conseille le livre (en anglais pour l’heure) de Christopher Jones, N° 10 Downing Street. The story of a house.

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