Catégories
Lifestyle Culture Sujets de Société

Une destination, une chanson: Streets of Philadelphia de Bruce Springsteen

Philadephia fut l’un des hits incontestés des box-office francophones en 1993. Le film raconte une histoire de discrimination subie par un avocat prometteur (Tom Hanks) qui est injustement expulsé d’un prestigieux cabinet car atteint du Sida. Il est défendu par un collègue (Denzel Washington) qui doit aussi surmonter ses propres préjugés pour accomplir sa tâche avec succès.

Dans une interview parue dans la revue Rolling Stone, le réalisateur nord-américain Jonathan Demme (le même du Silence des agneaux, un autre titre acclamé de sa filmographie) a déclaré qu’il voulait faire un film pour ceux qui détournaient le regard devant des personnes qui souffraient de la maladie. Et encore plus s’ils étaient homosexuels.

Pour la bande-son, Demme avait déjà dans son casier une chanson inédite de Neil Young, mais la possibilité d’avoir aussi une autre de Bruce Springsteen lui permettait d’atteindre un autre public qui n’était pas forcément familiarisé avec le sujet. « Je voulais faire un film qui cartonnerait dans les salles des centres commerciaux ou les cinémas multiplex », a-t-il déclaré dans People Like Us, le documentaire de 2003 sur son film. « Un film qui pourrait atteindre l’Américain moyen qui considérait le SIDA comme quelque chose d’anormal ou comme un péché ».   

Lorsqu’il fut contacté par le producteur du film, Springsteen s’est souvenu qu’il avait déjà écrit une chanson autour de la perte d’un ami qui errait dans la ville comme un spectre, et a décidé d’y travailler dessus. Avec la belle ballade de Neil Young en poche, le réalisateur voulait donc un morceau rock pour son film. Dans Born to Run, son autobiographie, Springsteen raconte que les paroles de sa chanson semblaient résister au rythme puissant caractéristique de son style musical. Il a donc essayé avec le synthétiseur et une base hip-hop légère en ralentissant sur quelques accords mineurs de base, et trouva enfin que les paroles s’accordaient parfaitement.

Le résultat ne fut rien de moins que la chanson qui allait marquer pour toujours l’automne/printemps 1993. Et qui lui vaudrait son surprenant premier Oscar en tant que compositeur. La chanson, comme le film, ont eu un accueil si fort que Springsteen a même fantasmé de faire un album entier dans ce style plus intime et austère de claviers et de boîte à rythmes. Cet album existe bel et bien, mais il n’a jamais été commercialisé. Dommage car c’était la possibilité de voir Springsteen dans une veine qui lui était nouvelle et qui lui convenait bien. Reste la promesse, glissée ici et là dans certaines interviews de The Boss, de dépoussiérer un jour ces enregistrements et de les faire connaître au grand public.

C.A.T.

fb-share-icon Tweet

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *