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Regards amoureux sur l’Andalousie

Exubérante et cosmopolite elle détient dans son arrière-pays les richesses authentiques de l’Espagne…

Malaga est au carrefour des routes que j’ai empruntées pour fuir les remparts d’immeubles du bord de mer et l’urbanisation galopante de la Costa del Sol qui m’oppresse…

…Et comme toutes celles du Sud, la route qui grimpe à Benahavis est, j’exagère à peine, épouvantable. Mais plus on avance plus on admire et plus l’on oublie la route car on commence déjà à succomber au rêve.

Benahavis

Pays fascinant l’Andalousie exerce sur ses visiteurs un indiscutable pouvoir d’ensorcellement. Même si l’on a séjourné sur la côte andalouse Benahavis est un nom qui ne dit rien à personne, peu de cartes le mentionnent d’ailleurs. Pourtant ce village blanc aux rues propres, aux fenêtres fleuries de géraniums, accroché aux ruines d’un château maure n’est pas à dix kilomètres de la Nationale qui borde la Méditerranée. Et c’est là-haut qu’il faut aller pour découvrir l’Andalousie des bergers et des mulets, des chèvres noires et des grands aigles, des torrents et des falaises rousses coiffées de bosquets. C’est ce pays que beaucoup viennent chercher : celui de la jeunesse et de la fraîcheur, de la sensibilité et du romantisme…Le pays du voyage par excellence.

Toute l’histoire de l’Occident

Loin, la Méditerranée étincelle sous le soleil quelle que soit la saison. Depuis Alméria jusqu’au Détroit de Gibraltar, sur trois cents kilomètres, la montagne isole du rivage, tourné vers le Maroc, l’Andalousie intérieure qui fut, depuis la plus lointaine Histoire,le foyer de civilisation le plus fécond de l’Occident. Ici en effet, tous les peuples, toutes les idéologies et tous le intérêts de trois mille années de rencontres et de conflits se sont confondus ou se sont affrontés; dans la passion et dans la douleur; ceux des Crétois et des Ibères, des Perses et des Celtes, des Arabes et des Goths, du Croissant et de la Croix, des Juifs et des Musulmans, de l’Église et de la République…L’Andalousie est par excellence le pays des brassages des peuples et des idées, et surtout  celui où les hommes ont toujours cherché à se mieux comprendre.

L’amour y a toujours vaincu la haine. A ce titre, d’abord, elle mérite l’admiration.

Frigiliana

Le désert andalou

Entre Motril et Algésiras j’ai trouvé beaucoup de villages perchés comparables à Benahavis. De plus séduisants aussi comme Frigiliana, Vélez, Mijas, Istan, et autres Casarès et Castellar. Il faut cependant vaincre l’appréhension de ces déserts que constituent les montagnes andalouses qui dominent la mer. Certes le banditisme que l’on redoutait tant a disparu et la mendicité des gamins que connurent les visiteurs d’il y a cinquante ans dans les villages ne compte plus que dans le souvenir. J’ai aimé les bourgades blanches accrochées à des rocs perchées au dessus des maquis qui regardent la mer , toutes ces maisons bien rangées et toutes blanchies de frais, ses paysans rasés de frais et ces femmes vêtues de noir qui conversent posément sur le pas des portes.

Cette Andalousie enseigne la sagesse héritée de siècles de peines. Peut-être est-ce pour cela que je l’ai aimée. Mais le désert reste le désert et il peut être redoutable. Cependant la joie que l’on éprouve à sa découverte est indicible.

Cordoue

Vers le Guadalquivir et Cordoue

C’est également de Malaga qu’il faut partir pour découvrir l’Andalousie intérieure, la plus authentique, celle des olivaies alignées à perte de vue sur les rondes collines, celles du Guadalquivir et la sympathique métropole ancienne qu’est Cordoue capitale de la campagne andalouse qui même dans la chaleur des étés, par la grâce de ses patios frais et fleuris, reste charmante.

L’Exceptionnelle Ronda

En pleine montagne Ronda est une ville fantastique. On est saisi par l’étrangeté du site, un des plus remarquables d’Espagne, et par l’aspect sauvage de la région traversée pour y parvenir. Le Monte demeure le paradis des vautours et des chèvres sauvages ; il n’est pas rare de se trouver face à face avec quelque gros gibier, ce qui oblige à être prudent d’autant disons-le, la route est particulièrement périlleuse.

Ronda s’enorgueillit d’un pont qui d’un jet relie les deux parties de la ville coupée en deux par le « tajo » un ravin profond de deux cents mètres. Le point de vue embrassé de là-haut coupe le souffle. Alentour de Ronda souvenirs de l’Antiquité et vestiges préhistoriques abondent : ruines ibères, puniques, romaines mais aussi grottes aux parois couvertes de peintures rupestres.

Les routes de Grenade

Les splendides Alpujarras au pied de la Sierra Nevada sont à peine à trente minutes de Motril et leurs stations thermales recherchées par ceux qui redoutent les ardeurs du soleil méditerranéen. Les coquets petits villages blancs y sont peut-être les plus sympathiques du sud. Séduits par le panorama on se sent inévitablement attirés par la montagne que peu de routes pénètrent. Une seule de quelque importance conduit de Motril à Grenade en soixante-dix kilomètres de lacets, elle contourne les Alpujarras et la Sierra Nevada pour déboucher sur le bassin de Grenade au col du Soupir de Maure.

Si l’on s’engage sur le chemin de l’arrière-pays de Motril et de Nerva, on doit prendre son temps et ne pas hésiter à passer une nuit à Grenade avec le choix de loger au Parador en pleine Alhambra, dans un ancien couvent de la Renaissance ou chez l’habitant. Jardins fleuris, murmure des jets d’eau, branches qui pénètrent avec les chants d’oiseaux dans votre chambre à travers des grilles de ferronnerie composent une ambiance de rêve…

…Et par les nuits de pleine lune quand on se sent poète… »De doux parfums flottent dans l’air du soir… »

Car Grenade est essentiellement sensuelle. Ses maîtres musulmans, pour cette raison y résistèrent trois siècles aux assauts des armées catholiques. Ultime bastion de l’Islam en terre d’Europe, Grenade par ses palais des mille-et-une nuits que furent Alhambra et le Generalife, par la civilisation originale et raffinée qui s’y est épanouie au Moyen Age, a rayonné sur tout l’Occident du Languedoc au Maroc. Aujourd’hui encore elle continue d’y exercer une sorte de pouvoir magnétique auquel il est impossible de se soustraire.

Jusqu’à la mi-juin, la Sierra Nevada qui domine Grenade, reste couverte de neige, le ciel est pur, tout est cristal. Les poètes musulmans que nous suivons pas à pas dans les cours des palais nous ont appris que le murmure envoûtant de l’eau qui chante dans les vasques est du à la présence des neiges dans la Sierra Nevada…Pourquoi ne les croirait-on pas ? Bien au-delà y verrons-nous l’origine des aspects contemplatifs de la pensée musulmane ? Grenade peut et doit être considérée à ce titre comme un sanctuaire.

Il faut s’égarer dans les patios et dans les étroits corridors de l’Alhambra, sur les terrasses embaumées du Partal, parmi les bosquets du Generalife dans l’un des plus beaux sites du monde et flâner par les ruelles tortueuses de l’Albaicin. Tout y est sensualité. Et si vous avez la chance d’un clair de lune admirez les bassins laiteux de l’Alhambra et goûtez leur féminine tendresse.

Jacques BASCHIERI dit Vinicius

Pour rappel, un des livres écrits par Jacques Baschieri … il nous réserve d autres surprises dans les prochains mois.

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2 réponses sur « Regards amoureux sur l’Andalousie »

 » Le gai Guadalquivir rit aux blonds orangers
et reflète le soir des boléros légers… » ( Verlaine)
Que le lecteur me pardonne si mon regard n’est pas allé jusque à Cadix déjà tournée vers l’Atlantique et oublié Séville , capitale de l’Andalousie…

Que le lecteur me pardonne je n’ai pas suivi jusqu’au bout le cours du gai Guadalquivir qui rit aux orangers et reflète le soir des boléros légers (Verlaine)…mon regard ne s’est pas porté sur Séville, capitale de cette Andalousie ni sur Cadix déjà tournée vers l’Atlantique .
JB

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